24 déc. 2008

Barjo - COLEMAN MICHAEL - Rouergue


Barjo(Weirdo's war)
Michael Coleman
Ariane Bataille
Rouergue - doAdo Noir - 10/08
288 pages - à partir de 11 ans - 12 euros 50


Daniel aime penser le monde par le prisme des mathématiques, cela le rassure et le stimule à la fois. Et quand on est adolescent cette passion étrange vous fait passer pour un barjo. C'est d'ailleurs comme ça que le surnomme Tozeur et toute sa bande de persécuteurs. Enfin Tozeur ce qu'il aime surtout c'est suivre les consignes du chef de meute: Greg Yeandle. Parce que Tozeur à l'inverse de Daniel est assez lent.
C'est à cause de cela qu'il va se faire remarquer par le nouveau prof de sport charismatique:M. Axelmann. Ce dernier va en faire sa tête de Turc officielle. Toujours à se moquer de lui pour faire rire la classe, ou pour montrer son autorité.
Daniel va aussi se faire remarquer par ce manipulateur sadique, mais comme forte tête, comme plus intelligent malgré son plus jeune âge. Sa vengeance sur Daniel sera plus froide, plus réfléchie.
Elle aura pour théâtre le camp de randonnée, un camp où Daniel ne voulait pas aller sachant d'avance comment cela aller se passer pour lui.
Deux semaines cauchemardesques dont Daniel, Tozeur et M.Axelmann vont sortir changés à tout jamais, chacun ayant dû aller au plus profond.


Cela commence par la fin: Daniel, Tozeur et Axelmann au fond d'un trou, bloqués et blessés, surtout le professeur qui git inanimé au côté des adolescents.
Et de là Michael Coleman tire les fils des personnalités de ces trois-là, en insistant sur Daniel puisque c'est lui qui nous raconte l'histoire.
Et on découvre avec lui que être barjo et bien ce n'est peut être pas si mal au fond. Et ce grâce au personnage de Solo qui tient lieu de maître Yoda des montagnes!
On comprend que comme le dit la citation de Prévert au début "Je suis ce que je suis...", mais que cela n'est pas forcément aisé dans un moule aussi peu souple que celui du lycée.
Un texte de 1996, traduit dans la collection doAdo noir suite au succès du très réussi Filer droit (de 2003...)du même auteur. Qui a d'ailleurs obtenu le prix des Incorruptibles 2008.
Ces deux livres font partie d'une série d'ouvrages destinés aux jeunes adolescents par ce prolifique auteur plutôt connu en France pour ses albums illustrés.
Série qui nous parlent de jeunes héros se trouvant face à un choix: suivre le troupeau ou être eux-même.
Et en plus il le fait avec talent, et un grand sens du suspens et du roman noir.
Décidément cette collection doAdo noir est à suivre les yeux fermés: de la qualité, encore de la qualité.

11 déc. 2008

L'invention de Hugo Cabret - SELZNICK BRIAN - Bayard


L'invention de Hugo Cabret( The invention of Hugo Cabret )
Brian Selznick
Traducteur : Danièle Laruelle
Bayard - 10/08
533 pages - à partir de 10 ans - 17,90 euros

Hugo Cabret n’a pas une vie facile. Orphelin, abandonné par un oncle violent et alcoolique il ne peut compter que sur lui-même. Et à Paris à 10 ans au début du XXe siècle la vie n’est pas des plus aisées. Pour tenir le coup Hugo s’accroche à son plus grand rêve : réparer l’automate que son père avait trouvé sous la poussière épaisse d’une réserve de musée. Un automate assis à un pupitre, avec à la main un stylet suspendu dans le vide. Une énigme qui avait fasciné son père, qui grâce à son métier d’horloger pensait pouvoir réparer la machine pour qu’elle lui livre son secret. Obstination néfaste qui va le conduire à sa perte, à savoir une nuit de trop penché sur l’automate, la nuit de l’incendie du musée. Tout ce qu’il va laisser à son fils c’est son don pour réparer les mécanismes de toutes sortes, et son carnet de notes sur l’automate, qui lui est sorti indemne de l’incendie.
Hugo va tout faire pour réparer la machine, il ira même jusqu’à voler dans un magasin de jouets mécaniques pour récupérer des pièces. Le responsable du magasin, Georges, va le prendre sur le fait.
Et ainsi tomber nez à nez avec le carnet du père d’Hugo quand il glissera de la poche du garçon. Ce qui va le rendre fou de rage. Comme si il connaissait cet automate…
Hugo saura-t-il démêler les rouages de l’automate qui s’entremêlent à ceux du passé de Georges ?
En tout cas il n’y arrivera pas tout seul et sera aidé de la petite fille de ce dernier, et par un ami fan de cinéma.


L’invention d’Hugo Cabret est un livre très touchant. De par sa démarche, à la fois roman graphique, roman d’initiation, roman à énigme et œuvre de réhabilitation.
Roman graphique car tout le livre est parsemé d’illustrations en noir et blanc sur double page, les premières lignes de texte n’arrivent qu’à partir de la 40e page. En effet les mots viennent quand les images ne suffisent plus.
Roman d’initiation car Hugo après la perte de son père doit faire la douloureuse expérience de s’assumer tout seul, et à 10 ans cela le met dans une position inconfortable, ainsi que dans une position de méfiance face à ceux qui lui manifeste de l’amitié.
Roman à énigme au suspens distillé, car cet automate qui ne livre son secret qu’au milieu du livre ouvre sur une nouvelle énigme. Le dessin étant la célèbre image de la Lune ayant un obus dans l’œil, tirée d’un film de Georges Méliès.
Et oui Georges, comme le vieux monsieur du magasin de jouet. D’où l’œuvre de réhabilitation pour l’un des premiers cinéastes. Un magicien fou d’images, qui demeura longtemps incompris et rejeté par ses pairs.
Ici il s’agit d’une ode à l’œuvre trop souvent oubliée de ce monument du cinéma de genre.
Et à la fin grâce aux images on plonge dans l’univers de Méliès avec un bonheur non dissimulé.
On doit dire après la lecture de
l’invention de Hugo Cabret un grand merci à Brian Selznick de nous avoir fait rêver, frémir, frissonner, gamberger !
Un vrai petit bijou magnifiquement édité par les éditions Bayard Jeunesse.



Pour (re)découvrir Georges Méliès, suivez le lien.
Pour feuilleter le livre (même si rien ne vaut d'avoir sa masse sur les genoux, et tourner les feuilles avec délectation) Bayard en a mis en ligne ici
/attention connexions sensibles s'abstenir!/
Il y a aussi le site très bien fichu du livre /attention connexions sensibles s'abstenir!/
Et pour avoir d'autres avis enthousiastes allez chez les voisines : Clarabel, Gawou
Bonne nouvelle : il va y avoir une adaptation cinématographique, et devinez qui s'y colle? Scorcese. Si c'est pas la preuve que c'est une pépite, je ne sais pas quoi ajouter d'autre! Source : Elbakin.net

18 nov. 2008

Tu peux pas rester là - NOZIERE JEAN PAUL - Thierry Magnier


Tu peux pas rester là
Jean-Paul Nozière
Thierry Magnier - Romans - 10/08
175 pages - à partir de 11 ans - 8,5 euros

Tu peux pas rester là
Jean-Paul Nozière
Thierry Magnier - Romans - 10/08
175 pages - à partir de 11 ans - 8,5 euros

C’est l’histoire de Mei. Jeune fille de 10 ans, très belle, très intelligente. Tout va bien pour elle dans la petite ville de Sponge. Deux meilleurs amis : Tom et Leo, un ami clochard ancien libraire, et une mère aimante, d’origine chinoise. En fait cela fait sept ans, qu’avec sa mère Hua, elles sont arrivées de Chine. Sept ans que Hua travaille clandestinement pour rembourser les frais du voyage, sept ans qu’elles sont sans papiers.
Un jour tout va basculer, le jour où un gendarme va dire a Hua la phrase qu’elle redoutait depuis sept ans : « tu peux pas rester là. »
Mei et sa mère son OQTF, obligées de quitter le territoire français.
Tom et Léo vont alors tout mettre en œuvre pour garder auprès d’eux leur meilleure amie.

Jean-Paul Nozière est très doué pour camper des personnages attachants aux personnalités complexes. Ici il nous trace le portrait de Mei aux facettes multiples, qui nous donne envie de la connaître un peu plus. Qui donne envie de la garder sur le territoire français.

Elle lit Romain Gary, et se déclare être la soeur Momo de La vie devant soi.

Et c'est vrai qu'elle ressemble au petit protégé de Madame Rosa. Tout aussi touchante, tout aussi dérangeante.

Ses deux amoureux aussi sont très attachants dans leur quête de l'impossible amour triangulaire qu'ils espèrent créer avec Mei. Le fait que l'un d'entre eux soit fils d'un gendarme à la conscience aiguisée rajoute une profondeur de plus.

La fin est ouverte, et donne à tous le libre cours de décider du destin de Mei et de sa mère. Histoire que chacun fasse le tri dans sa tête, et les calculs à la place d'un certain B.H.

23 sept. 2008

Tout nu - LE THANH TAI-MARC et CHAUD BENJAMIN - Gautier-Languereau


Tout nu
auteur : Tai-Marc Le Thanh
illustrateur : Benjamin Chaud
Gautier-Languereau- 09/08
34 pages - à partir de 3 ans - 13 euros

Un matin Pierre est tiré hors de son lit par son papa qui est très en retard.
Il lui enfile, son cartable et ses bottes rouges. Et? C'est tout!
Du coup Pierre se retrouve tout nu au portail de son école.
Mais tous ses amis ne semblent que voir ses belles bottes rouges.
Cela lui fait comprendre que la journée va être difficile. En effet il va se retrouver obliger de faire un exposé sur les petits oiseaux et un autre sur les robinets.
Et pour éviter de se faire embêter à propos de ses bottes rouges, il va se cacher derrière un arbre. Et là il va tomber nez à nez avec une copine, elle aussi cul-nu mais en bottes vertes.
Tous les deux vont trouver des petites feuilles pour les attacher avec des petits bouts d'écorce pour se les mettre autour de la taille.
Au final Pierre aura vécu une bien belle journée, une journée au poil!

Taï-Marc Le Thanh a le chic pour nous faire sourire par ses textes drôles et poétiques. Alors si on lui accole comme partenaire le papa de Pomelo et de la Fée coquillette, Benjamin Chaud, et bien ça fait un petit album plein de poésie loufoque!
Tout le jeu en début d'album consiste à dissimuler le zizi du petit garçon derrière divers accessoires et jeux de mots : oiseau, robinet... Pour le laisser éclater au grand jour durant le cours de sport.
Une espèce d'ôde au plaisir d'être tout nu, surtout quand on a des belles bottes rouges.
Mais là où la couleur rouge est la mieux mise en valeur c'est sur la quatrième de couverture, où on voit le côté pile du petit Pierre-nu-comme-un-ver : des petites fesses toutes rondes et toutes craquantes!
Un album pour fille et garçon pour parler du rapport avec son corps, et de sa place dans l'espace.

19 sept. 2008

Le contour de toutes les peurs - GUERAUD GUILLAUME - Rouergue


Le contour de toutes les peurs
Guillaume Guéraud
Le rouergue - doAdo noir- 09/08
125 pages - à partir de 12 ans - 7 euros 50

Clément Rivière, collégien de 14 ans va vivre la pire soirée de sa vie.
Pourtant tout avait commencé normalement, après ses cours il était rentré directement chez lui.
Il était sûr que son avocate de mère ne serait pas encore rentrée de son travail sur Bordeaux.
Clément s'apprêtait donc à vivre une fin de journée normale entre devoir, goûter et activité solitaire.
Mais du bruit dans le bureau de sa mère va entraîner une succession d'évènements qui vont obliger le jeune adolescent à faire le contour de toutes les peurs.
Un inconnu baraqué et énervé est en train de saccager le bureau de sa mère. Un homme fou de rage et de désir de vengeance à l'encontre de cette avocate qui lui a fait perdre sa fille.
Clément va se retrouver otage de cet homme au bout de ses souffrances. Il va vivre une torture physique et psychologique.
Clément n'en ressortira pas indemne, il comprendra que la violence dans la réalité est beaucoup moins esthétique que celle des films d'action qu'il affectionne. 

Petit texte plein de violence que nous livre là Guillaume Guéraud. Une petite bombe pleine d'échardes. Les scènes décrites sont violentes et écorchent les yeux.
Surtout une scène où une bouche et une agrafeuse sont les acteurs principaux.
En obligeant Clément à faire le contour de toutes ses peurs face à la violence désespérée de cet homme qui a tout perdu et qui cherche un coupable, l'auteur nous montre toutes les souffrances qu'impliquent la violence. Tant la violence physique, que la violence des actes. Autant Clément que son agresseur en ont été victimes. 
Tout cela entrecoupé de scènes de films cultes racontées comme si on y était, la passion du 7e art que Guillaume Guéraud a transmis au personnage de Clément lui permet d'avoir un certain recul sur les évènements, et vont l'aider à aller au-delà.
Et pour une fois tout finit bien, malgré un goût amer au fond de la bouche, détester les méchants est toujours plus facile dans les films.

16 sept. 2008

Les bijoux de famille - MARECHAUX LAURENT - Le dilettante


Les bijoux de famille

Laurent Maréchaux

Le dilettante – 2008

253 pages – 17 €

Tout commence le 16 septembre 1907 dans un train réalisant le trajet Moscou-Paris. A son bord deux jeunes russes partant faire leurs études de médecine : Sacha Ivanov et son meilleur ami Victor Bornstein.

La France va être le creuset de la saga des Ivanov, le berceau des branches ascendantes de cette famille bousculée par les guerres mondiales, et les conflits majeurs de ce début de siècle.

Tout commencera vraiment par l’amour fou de Sacha pour une jeune sud-américaine rencontrée un soir à l’opéra.

« Sa rencontre avec Carmen Roblès et la légende, entretenue année après année pour embellir les origines modestes de sa femme, sont à l’image de sa propre existence, trop belles pour être tout à fait crédibles. »

Le romantisme russe exacerbé de Sacha, sa volonté de vouloir faire briller le blason de sa famille, ses légendes sur des bijoux d’une valeur inestimable caché dans les racines d’un arbre lors de la révolution russe, tout cela va contaminer toutes les branches des Ivanov.

Et avec eux leurs proches. Rien ne leur sera épargné dans la quête des réponses sur un passé inventé de toutes pièces.

Désillusion, perte de repères, fanatismes fous…

Finalement l’arbre se révèlera à la hauteur des racines fumeuses : des vies pleines d’ombres et de poussière aux yeux.

C’est dans un rythme haletant que Laurent Maréchaux nous racontent comment ces bijoux de famille peuvent rendre fous sur plusieurs générations. Et dans bijoux de famille il faut entendre cette légende autour des joyaux russes. Mais également l’image que l’on emploie familièrement pour parler de cette paire propre aux hommes, attributs qui joueront bien des tours à ces messieurs ainsi qu’à leurs compagnes. Sans oublier le fait que chaque Ivanov mâle aura à ses côtés un meilleur ami pour faire-valoir, souffre-douleur et témoin de ses folies.

Les chapitres se succèdent avec chaque fois un titre qui nous montre du doigt lequel des Ivanov va être le plus mis en lumière. Chacun devient père à son tour, puis grand-père tous avec le même désir pesant de pérpétrer un destin à la hauteur de ce que l’on devrait attendre d’un Ivanov. Tous mis en abîme par le miroir des yeux de leur père, fils et grand-père.

Le premier chapitre du livre débute par une citation de Staline nous rappelant que « un mensonge assez souvent répété devient une vérité », le dernier quand à lui nous est raconté par un des pendants des Ivanov. Un des derniers meilleurs amis, qui est le seul à parler à la première personne (si l’on exclue les extraits de journaux intimes), et qui nous dit à l’extrême souffle de la saga Ivanov qu’« il est urgent de vivre. »

Conseil donné au vu du recul pris par cette âme damnée de l’arbre généalogique, que n’aura jamais suivi aucun des Ivanov. Aveuglés qu’ils étaient par leurs bijoux de famille, leurs « apparences trompeuses et [leurs] chatoiements douloureux », comme le met Laurent Maréchaux dans la dédicace de mon exemplaire.

/Un très bon roman français que vous ne terminerez pas sans un pointe de regret à laisser cette famille atypique et ô combien attachante.

Une saga franco-russe savoureuse où chacun pourra retrouver un peu de sa propre famille, dans toute sa complexité et sa simple beauté. /

21 août 2008

Le premier qui pleure a perdu - ALEXIE SHERMAN - Wiz




Le premier qui pleure a perdu (The Absolutely True Diary of a Part-Time Indian )
Sherman Alexie
Illustrations : Ellen Forney
Traducteur : Valérie Le Plouhinec
Albin Michel - collection Wiz - 09/08
284 pages - à partir de 12 ans - 13 euros


/ Gros coup de coeur de la rentrée littéraire pour les adolescents (ben oui pourquoi pas!).
Une perle d'humour et de sensibilité./
L'histoire d'un indien qui quitte sa réserve natale en espérant un avenir meilleur que celui d'habitude réservé à ceux de son sang./


"Je ne suis qu'un minable gosse de réserve qui vit avec sa famille minable sur la minable réserve indienne de Spokane."
Voilà comment se présente Junior. Mais juste après vous avoir parlé de l'hydro-céphalie qu'il avait a sa naissance, et que à cause de ça à 14 ans il bégaye et zozote encore ce qui fait de lui "le plus grand gogol du monde."
Oui Junior a un solide sens de l'humour, et au vu de sa situation c'est plus que vital.
Jeune indien d'un peuple vivant dans une réserve où par définition "les rêves ne se réalisent pas. Les occasions ne se présentent pas. Ni les choix. [Ils sont] pauvres, c'est tout. C'est tout ce qu'[ils sont]."
Junior essaie de se frayer un chemin entre l'alcoolisme de ses parents, l'ambiance glauque de désillusion pré-programmée du lycée de Spokane et les autres indiens de la réserve.
Il est aidé en partie par son meilleur ami Rowdy qui "est le garçon le plus dur de la réserve". Qui est là pour le défendre quand il y a de la bagarre, et lui rappeler que personne ne sera là pour le regretter s'il venait à mourir.
Mais un jour Junior va rejeter son héritage, il n'en peut plus d'être destiné à perdre sans même avoir jouer. Et le déclencheur va être son manuel de géometrie, une matière qu'il adore, mais ce livre il va pourtant le jeter à la figure de son professeur Mr P. La raison de cet acte de violence? Sur la page de garde on peut lire le nom de sa mère, "cela veut dire qu'[il contemplait] un livre de géométrie qui avait au moins trente ans de plus que [lui]" .
Goutte d'eau de trop dans un vase tordu.
Junior va se faire renvoyer et de ce fait prendre la plus grande décision de sa vie : changer de lycée.
Mais pas n'importe lequel, celui de Reardan, celui de l'autre côté de la route de la réserve, le lycée des blancs.
Il va donc être le premier indien à quitter la réserve de cette façon, et ça ne va pas être facile.

Comme le dit Neil Gaiman sur la 4e de couverture "vraiment excellent, poignant et hilarant, réconfortant et sincère, sage et intelligent." tous les adjectifs nécessaires sont là et pourtant il en manque beaucoup.
Notamment magnifique, sensible, juste...
C'est vraiment un bel exemple d'humanité, et de courage que nous raconte Junior.
Il nous parle, et nous dessine (avec les illustrations drôlissimes de Ellen Forney) son histoire, et nous prend ainsi par la main pour nous entraîner avec lui dans sa sale/belle histoire. Avec ses vrais problèmes, ses vraies peurs le tout sans filtres et sans nous épargner.
On ressent très fortement que la plupart de ces situations ont été vécues au plus près.

L'auteur américain Sherman Alexie, reconnu comme un des auteurs contemporains les plus talentueux de sa génération, a créé un personnage très attachant de par son intelligence, et sa rage de vivre pour son premier roman destiné à la jeunesse. Le tout servi avec une écriture magnifique et qui sonne juste.
On est invité à vivre dans une réserve parmi tant d'autres dans laquelle sont parqués des indiens désabusés, et d'où le rêve américain a été banni dès sa création.
Et on en ressort pas indemne.



Simon Roguet, un très très bon libraire a aimé aussi, et c'est par

Cela m'a fait penser dans le thème à Lune indienne, un très beau roman sur les réserves indiennes itou, mais vu par un jeune ado allemand parachuté dans un de ces lieux particuliers. Un bon moyen de se frotter à ses préjugés d'européens face aux indiens d'Amérique.

19 juil. 2008

Treize lunes - FRAZIER CHARLES - Olivier


Treize lunes ( Thirteen moons )
Charles Frazier
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Bernard Cohen
L'Olivier- 05/08
521 pages - 23 euros

Un fois n'est pas coutume je vais vous parler d'un livre de littérature pour les grands.
En effet ce sont les vacances, donc je change un peu mes lectures, histoire de me détendre!


Écoutons ce que nous raconte un vieil homme blanc au crépuscule de sa vie.
Il nous parle de ses souvenirs qui se confondent avec l'Histoire de la construction des Etats Unis.
Ou comment ce jeune orphelin de Will Cooper, vendu à un boutiquier par son oncle et sa tante, va devenir tour à tour un membre respecté du peuple cherokee, sénateur des Etats-Unis, et colonel dans l'armée sudiste durant la guerre de Sécession.

Une vie pavée de rencontres flamboyantes, comme Bear le chef indien qui l'adoptera et fera de lui un véritable cherokee, ou encore Davy Crockett.
Une vie bousculée par des choix difficiles.
Le plus dur des choix sera celui de laisser partir Claire, la femme qu'il aime plus que tout dans les bras d'un autre homme, Featherstone qu'il considéra un temps comme un père spirituel.

Claire qui est comme un fil rouge dans son récit, la lumineuse et intelligente jeune femme qui a marqué son esprit et son corps au fer rouge.

Le vieux Will n'est pas dupe il sait que sa vie n'a pas été plus exceptionnelle qu'une autre, à son âge canonique il se rend bien compte que tout n'est qu'une question de point de vue, de média et de qui raconte votre histoire. Et seul avec ses souvenirs, il nous livre tout sans concession, rythmant le tout par les treize lunes du calendrier cherokee. Ces lunes qui reviennent implacablement dans le ciel étoilé, sans se soucier de ce qui se passe sur la terre qu'elles éclairent.

Magnifique roman, avec une écriture à la fois dense et limpide comme une source de montagne.
On est happé par la voix de Will, qui ne vous quitte plus. Impossible de lâcher, impossible de lire autre chose.
C'est à la fois drôle, magnifique, dépaysant, enthousiasmant. Une histoire d'amour, d'aventure, de guerre, de politique.
Le regard de ce vieil homme sur son passé, et son recul par rapport à l'avenir de son pays sont des prismes acérés qui nous exposent tout crument.
Il s'agit là d'un personnage inventé par l'auteur de Retour à Cold Montain, mais on aimerait tellement qu'il ait existé pour avoir la possibilité de lire encore des choses sur son histoire!

29 juin 2008

Le visage de Sara - BURGESS MELVIN - Scripto


Le visage de Sara ( Sara's face)
Melvin Burgess
Traducteur : Laetitia Devaux
Gallimard jeunesse- Scripto- 06/08
304 pages - à partir de 15 ans - 11.50 euros

C'est l'histoire de la rencontre explosive entre Jonathon Heat et Sara Carter. Le premier est une rock-star internationale qui a trop abusé de la chirurgie esthétique, et la deuxième est une ado de 17 ans qui adorerait devenir célèbre.
L'un et l'autre ont une personnalité hors du commun qui en font des êtres difficiles à détester, encore plus difficiles à aimer.
Heat, qui à force d'opérations ratées doit cacher son visage sous un masque, va prendre sous son aile la jeune Sara qui y voit la chance de sa vie. Elle a enfin un pied dans la célébrité.
Mais plus la jeune fille va vivre dans l'aura de la star plus elle va ressentir un climat malsain.
Surtout qu'autour d'eux gravite le chirurgien esthétique Wayland Kaye, celui qui a détruit le visage de Heat et qui propose à Sara d'arranger le sien.
Sara comprendra alors très vite qu'il faut toujours faire attention à ce que l'on souhaite: cela pourrait se réaliser.

Le nouveau livre de Melvin Burgess traduit chez Scripto est un thriller esthétique.
Tout est mis en place pour que l'on doute de la véracité des faits. Les personnages sont construits avec finesse par le biais d'alternances de styles: journalistique, extrait de confessions sur vidéos, narratif.
Ce qui donne un style haletant et accrocheur, qui fait également réfléchir sur la mentalité de ces jeunes filles qui veulent par le biais de la chirurgie esthétique arriver à se réconcilier avec leur corps.
Un bon roman qui permettra de lancer le dialogue sur l'épineux sujet de la chirurgie esthétique, et sur celui de la célébrité.

-> Un lien amusant pour les anglophones !
le journal vidéo de Sara en vrai de vrai! (merci à lirado.com!)
C'est fait par des ados et bien fait cela relate bien toutes les palettes d'ambiance du livre.

19 juin 2008

Groenland Manhattan - CRUCHAUDET CHLOE - Delcourt


Groenland Manhattan
Chloé Cruchaudet
Delcourt- mirages- 02/08
127 pages - 16,50 euros

Tout commence au Groenland en 1897. L'Américain Robert Peary a de nouveau échoué dans sa quête insensée. Il n'a toujours pas réussi à parvenir jusqu'à l'endroit exact du pôle Nord pour y planter le drapeau américain. Mais cette fois il est décidé, il ne reviendra pas avec une énième météorite au Museum d'histoire naturelle, Robert Peary va leur montrer à tous qu'il n'est pas fini.
Il va faire quelque chose d'un peu fou:embarquer avec lui une famille d'esquimaux.
5 habitants du village de Uummannaq, 1 femme, 3 hommes et un enfant:Minik.
Ce dernier est faciné par Peary qu'il appelle Puili mais ce n'est rien à côté de ce qu'il va ressentir lors de son arrivée à New York.
Cependant les plus surpris vont être les occidentaux:des "sauvages polaires" des vrais!
Les esquimaux vont avoir un succès populaire foudroyant.
A partir de leur arrivée en Amérique tout va s'enchaîner très vite, Minik et ses compatriotes vont aller de surprises en surprises. Trouvant tout "spécial" et "bizarre".
Malheureusement le pire reste à venir, logés dans une cave du muséum ils vont être étudiés, photographiés, dessinés sous toutes les coutures. Les conclusions des spécialistes :"ce sont nos inférieurs, ça personne ne pourrait dire le contraire. Mais pour vivre dans un pays comme le leur, il faut être sacrément dégourdi". En clair ils sont traités en sous-hommes , même Robert Peary est un des premiers à se désolidariser du sort de ceux qu'il a arraché de leur pays.Puis tout va se précipiter, les adultes vont attraper un virus contre lequel leur organisme ne peut rien. Minik sera le seul survivant.
Et son destin en sera bouleversé à jamais.

Magnifique album de Chloé Cruchaudet. Une vraie intelligence de scénario, des dessins tout en déliés qui touchent au coeur.
De plus l'histoire est vraie, les photos en fin d'album sont fascinantes et on se dit, un peu décontenancé, que toute cette folle aventure humaine s'est vraiment passée.
Et comment nous la raconte l'auteur rajoute de la grâce, tout en décortiquant les cruautés que peuvent perpétrer les humains parfois sans même s'en rendre compte.
Un vrai plaisir aigre-doux.

15 mai 2008

Apcalypse Maya - LORIENT FREDERIQUE - Syros


Apocalypse Maya
Frédérique Lorient
Syros- Soon- 05/08
256 pages - à partir de 12 ans - 14 euros 50

/Jové ado orphelin se retrouve propulsé sur une planète inconnue chez un parent éloigné aux rites proches de celui des indiens. Mais une épreuve plus difficile l'attend: faire accepter aux hommes colonisateurs qu'ils ne sont pas les seuls à être importants sur cette planète Maya/


Jové, jeune adolescent fraîchement orphelin se voit placer sur une planète agricole:Maya. Loin des technologies et de l'effervescence de la Terre surpeuplée d'où il vient, le jeune homme est un peu perdu. Surtout qu'il se retrouve sous la responsabilité d'un soi-disant grand-oncle qui fait tout pour rester un original et revendiquer ses origines indiennes.
Le vieil homme, dénommé Trree, ne va pas épargner le jeune orphelin et va pousser Jové à accomplir des tâches essentielles pour être reconnu par les autochtones, des animaux étranges mi-serpent mi-lémurien avec un unique oeil doré, Les Suris. Peuplade aux moeurs étranges faisant preuve d'une intelligence farouche, d'un art de la guerre aiguisé , d'un sens esthétique très développé et qui vénère le maïs pour sa couleur qui leur rappelle le soleil.
Jové va aussi apprendre à connaître les hommes qui cultivent ce maïs sur Maya sous les ordres de la multinationale agricole AgroCorp.
Mais les deux races ne font pas bon ménage, les hommes avec leurs manières colonisatrice toutes-puissantes veulent contrer le manque à gagner que représentent les prélèvements de maïs par les Suris.
Jové va essayer de faire le lien entre les deux espèces, mais malheureusement ses tentatives de diplomatie arriveront trop tard: la guerre est inévitable.

Magnifique roman d'anticipation que celui de Frédérique Lorient.
Apocalypse Maya est un magnifique roman d'anticipation à l'écriture maîtrisée, aux personnages bien développés, et dont le message passe efficacement avec un fond qui s'ancre dans notre histoire. En effet le parallèle est évident avec le mépris des colons pour les autochtones indiens lors de la conquête vers l'Ouest.
On ressent bien les sentiments d'inutilité et d'urgence qu'éprouve Jové face à tant de mépris, et à cette arrogance humaine.
La question des OGM est posée, avec intelligence, et donne à réfléchir sur les dérives qu'ils peuvent entraîner. Le maïs est encore à l'honneur, comme dans
Scarrels de Marcus Malte chez le même éditeur.
Apocalypse Maya commence en beauté la nouvelle collection Soon dirigée par Denis Guiot. Ce dernier a quitté définitivement l'aventure Autres Mondes chez Mango, mais a décidé de continuer avec ses auteurs fétiches chez Syros.
Sa nouvelle collection a pour leitmotiv
"des histoires de futurs (proches ou lointains), où il est question de bouleversements climatiques, d’OGM, de manipulations génétiques, de réalité virtuelle, de planètes étrangères, de rencontres avec l’Autre pour réinventer le présent".
Et Apocalypse Maya tient bien cette promesse, Soon va donc bientôt faire partie des collections cultes pour ados grâce à sa qualité de thèmes et à ses auteurs de talent.

/De la science-fiction de qualité pour ados!/

-> Chronique remaniée et publiée par le rédac chef de etat-critique.com

3 mai 2008

Les funérailles de Luce - SPRINGER BENOIT - Vents d'Ouest



Les funérailles de Luce
Benoît Springer
Vents d'Ouest - 01/08
79 pages - 15 euros

Luce passe les vacances chez son papi à la campagne. Soleil, vie à la ferme et promenades sur le marché.
Et pendant une de ces ballades au milieu des amis de son papi et des étals multicolores Luce croise un couple étrange. Un grand homme nu qui tient la main d'une petite silhouette cachée sous un grand drap qui porte sous son bras une boîte à gâteau en fer blanc.
Elle va les revoir un peu plus tard sortir de chez Monsieur Simon, le voisin de son papi. Instinctivement elle va comprendre qu'ils ont un lien avec le décès du vieil homme.
Luce va alors faire le dur apprentissage de la mort. Questionné sur cette interrogation centrale son grand-père lui répondra qu'après la mort il ne se passe "rien. La mort prend ton âme et c'est tout.(...) L'âme c'est tout ce qui fait qui tu es".
Mais Luce est trop petite pour comprendre, surtout quand la mort vient pour prendre son propre grand-père.
Elle ne pourra s'empêcher de les supplier de lui rendre ce qu'ils lui ont pris.
Sa requête restera sans réponse.

Magnifique album. D'une poésie très sensible. Peu de textes, des traits noirs épais qui visent juste.
Egalement un hommage aux personnes âgées, qui se racontent ici sans pudeur dans leurs vérités crues. Un peu à la manière des Petits ruisseaux de Rabaté.
Mais dans un style plus sobre. Tout est suggéré, on ressent beaucoup de choses très profondes.
Vraiment un des albums bandes dessinées qui marquera l'année 2008 d'une belle pierre scintillante, comme une larme.

19 avr. 2008

Enigmatique mon cher Eric - MATHUISIEULX SYLVIE - Hatier


Enigmatique mon cher Eric
Sylvie de Mathuisieulx
Hatier - Hatier poche
62 pages - à partir de 8 ans - 5,20 euros

La bague des maths
Eric est un garçon débrouillard de 10 ans, il est plutôt malin et plus tard il voudrait être détective.
Alors pour s'entraîner il commence à regarder autour de lui si il n'y aurait pas des énigmes à résoudre.
Quand il a trouvé quelque chose d'intéressant, une petite voix lui dit "Enigmatique, mon cher Eric".
Et justement cela se produit quand Mélanie annonce en classe qu'elle s'est faite voler ses 10€ prévus pour aller au zoo.
De plus sa camarade, assez nulle en maths, affichait un sourire radieux au dernier contrôle en regardant fixement une nouvelle bague bizarre à son doigt. Y aurait-il un lien?
Eric se lance dans l'enquête en s'aidant des lumières de son beau-père qui lui travaille dans la vraie police.
Le jeune garçon va comprendre que enquêter pour de vrai implique plus de choses sérieuses qu'il ne le pensait.

Premier titre d'une série policier pour les plus jeunes.
Avec un personnage très attachant, intelligent mais pas trop.
Qui sait se remettre en question, ce qui fait qu'il n'est ni surdoué ni agaçant.
Les enquêtes nous donnent juste ce qu'il faut de mystères, avec des situations vraisemblables et logiquement embriquées.
Des éléments juridiques sont distillés dans l'histoire sans faire "voici-la-leçon-du-jour" comme on peut le voir des fois.
Et les explications qui suivent sont toujours claires et bien à leur place dans le récit.
Un bon début de série de policier pour les moins de 10 ans, et ce n'est pas ce qu'il y a en trop dans l'édition pour jeunesse!
Un regret celui de la tranche d'âge marquée au dos: 7-9 ans. Mis là par l'éditeur pour le "caser" dans ses collections différenciées par les âges. Et ce même si l'auteur, elle, avait plutôt destiné ses livres pour les 8-10 ans...
Le débat sur l'inscription ou non des âges sur les livres n'est pas clôt, mais ici ça rajoute du poids du côté des contre!


Shooting Star - BENSON STEPHANIE - Syros


Shooting Star
Stéphanie Benson
Syros - Rat Noir
128 pages - à partir de 13 ans - 9 euros

"Maddie avait été sacrifiée pour que vive la déesse Image."
C'est l'histoire de Marie-Madeleine, une jeune fille effacée, retrouvée assassinée.
Maddie avait un rêve dans la vie : devenir Star.
Alors malgré ses 16 ans elle a passé le casting de l'émission Star de demain.
En se disant que comme ça quand elle chantera à la télévision "chaque parole de (sa) chanson leur percera le coeur, et (elle saura) enfin pourquoi (elle a) vécu".
Histoire de donner une leçon à tous ceux qui passent à côté d'elle sans la voir, comme l'a fait son père au tout début de sa vie.
Elle va être rejetée, une fois de trop.
Dans la continuité de son fol espoir Maddie va tout faire pour se persuader de la possibilité de sa réussite, et que la fin justifie les moyens.
Tous les moyens, même ceux qui lui sont proposer par des personnes sans scrupules. Qui vont se servir de ses rêves pour exploiter la jeune fille afin d'entretenir leurs fantasmes les plus extrêmes.
Maddie va aller jusqu'au bout, mais sur la mauvaise route.

C'est avec un roman très poignant que Stéphanie Benson revient pour la deuxième fois dans la collection Rat noir.
Nous livrant un texte polyphonique, où le journal intime de Maddie croise le récit de ses camarades de classe, choqués par la disparition de cette proche qu'ils connaissaient si peu, le tout entrecoupé d'extraits de journaux.
Tous les points de vue sont exprimés, mais cela n'explique pas totalement l'horreur de la mort de cette adolescente qui rêvait d'une vie meilleure par le biais de la télévision et le star-system.
Une vraie critique contre cette société qui veut tout miser sur l'apparence, la popularité.
Dans cette histoire les camarades de classe de Marie-Madeleine apprennent assez durement à
"ne contempler que la beauté des âmes".
Espérons que le message passe largement.

12 avr. 2008

Croc Croc à l'école des petits squelettes - LEVALLOIS STEPHANE - Sarbacane


Croc Croc à l'école des petits squelettes
Stéphane Levallois
Sarbacane
94 pages - à partir de 3 ans - 13 euros

Ce jour-là Croc Croc le petit squelette a une la plus belle honte de sa vie à l'école.
Quand la maîtresse lui a demandé combien faisait 1+1, et il a répondu 3...
Du coup toute la classe s'est fichu de lui et son crâne de petit squelette est devenu rouge cramoisi.
Il porte cette honte comme un lourd fardaud, il en fait même des cauchemars dans son lit-cercueil.
Cela va durer jusqu'à ce que lors de la sortie de classe, sa couleur de crâne sauve la vie de plusieurs de ses camarades.
Dès lors Croc Croc garde la tête rouge, fier de sa différence et de son héroïsme.

Excellent! Un petit album qui s'ouvre comme un bloc-notes, juste 3 lignes de texte. Un bonheur de simplicité et d'intelligence où le dessin tout en trait et épuré nous fait aimer de tout notre coeur ce petit Croc Croc tout squelette qu'il soit.
Stéphane Levallois, grand auteur de bd édité en majorité chez Futuropolis, s'essaie à l'album pour enfants, et ça fonctionne très bien.

La ballade de Pat Garrett et Billy the Kid


La ballade de Pat Garrett et Billy the Kid

Auteur : Taï-Marc le Thanh
Illustrateur : Jacques de Loustal
Seuil jeunesse -
32 pages - à partir de 6 ans - 18 euros

Pat Garrett et Billy sont amis, ils ont grandi ensemble dans l'univers inhospitalier du far west des années 50.
La mort brutale de leur mentor vont les conduire à piller des banques pour se venger des meurtriers de celui qui leur aura appris à lire.
Un chemin de vie plein d'adrénaline et de danger, dont Patt sortira bien vite, mais qui va entraîner Billy dans une spirale de violence.
Patt deviendra Sheriff, et Billy The Kid.
Des retrouvailles de part et d'autre d'une rue déserte flingues à la main: voilà à quoi ressemble leurs destins.

Un texte où la langue prend du plaisir, des dessins magnifiques et très forts.
Un beau cocktail qui nous raconte cette histoire d'amitié qui finit mal.
Très bel album sur le western et sur l'importance de l'amitié dans les destinées de chacuns.

Les chroniques de Pont-aux-Rats T1 - SNOW ALAN - Nathan


Les chroniques de Pont-aux-RatsVolume 1, Au bonheur des monstres
Grande Aventure impliquant Bricoliaux, Rats, Scélérats et autres Créatures
(The Ratbridge Chronicles - Here be monsters! )
Alan Snow
Nathan
544 pages - à partir de 10 ans - 19,50 euros

Horreur! Arthur s'est fait voler ses ailes mécaniques durant son périple de reconnaissance dans la ville de Pont-aux-Rats. Tout ça à cause d'un régime de bananes trop lourd...
Mais avant cela il avait eu le malheureux privilège d'assister à une chasse aux fromages, sport interdit depuis des années pour la sauvegarde de l'espèce fromagère.
Il part donc à la recherche de ses ailes avant de rejoindre sa maison sous terre où l'attend son grand-père.
Mais tout ne se passera pas si facilement, Arthur s'est fait voler ses ailes par Grapnard, l'homme le plus méchant de Pont-aux-Rats qui lancera ses hommes à la poursuite du jeune garçon, qui réussira tant bien que mal à s'enfuir.
Une nuit très agitée pour le pauvre petit Arthur, qui verra son retour sous terre compromis à cause de personnes mal intentionnées qui ont bouché toutes les plaques d'égoût de la ville.
Le jeune garçon va devoir faire confiance à un ancien avocat, à des fifrelins et à des pirates blanchisseurs pour retourner vivre avec son grand-père.
Il va ainsi vivre une Grande Aventure qui le mènera à découvrir des secrets qui l'aideront à comprendre son passé et à sauver d'un grand malheur la cité de Pont-aux-Rats.

Un long roman foisonnant difficile à résumer du fait de l'univers loufoque et riche dont nous régale Alan Snow.
Un univers un peu dickensien dans un faux Londres aux sous-sols ravagés comme un gruyère.
Où les fromages sont sur pattes, les rats des blanchisseurs hors pair, et où les méchants sont vraiment très méchants.
Les centaines d'illustrations réalisées par l'auteur lui-même rajoutent de la profondeur à cette société foutraque qu'est Pont-aux-Rats. Premier roman de ce grand illustrateur anglais, on ressent bien le jaillissement d'une histoire longuement mûrie. Car tous les détails sont logiques et imbriqués les uns dans les autres.
Allez hop on ne se prive pas et on se lance dès 10 ans dans cette visite guidée de Pont-aux-Rats
.

15 mars 2008

Skully Fourbery - LANDY DEREK - Gallimard jeunesse



Skully Fourbery ( Skulduggery Pleasant )
Derek Landy
Gallimard jeunesse
294 pages - à partir de 11 ans - 16 euros

Stephanie vient de perdre son oncle préféré, un écrivain de livres d'horreur à succès. Il lui lègue en héritage sa maison et sa fortune. Mais ce dont elle va surtout hériter c'est d'une porte vers un univers étrange et fascinant avec en tête de file un détective pour le moins bizarre.
Skully Fourbery se déplace affublé d'un chapeau et d'une écharpe qui cache son visage, même en pleine canicule. Et pour cause c'est un squelette!
Une guerre se prépare dans le monde de Skully, son ennemi de toujours Serpine cherche à dérober une arme ultime pour faire revenir une ère de ténèbres.
Stephanie et le manoir de son oncle sont sur son chemin, la jeune fille va devoir suivre à la trace le détective tout en os pour décrypter les dangers de ce nouvel univers.
Et qui sait peut-être trouvera-t-elle la réponse de son désir ardent de connaître la vérité sur ses ancêtres?

Bon passons outre la tranche orange qui gène un peu la lecture au début, et le marque page fluorescent.
Une fois ces obstacles de marketing illiminés vous aurez un roman de genre plutôt sympathique avec des dialogues très efficaces.
Une histoire classique de sauveurs de monde, avec pour grande originalité un squelette qui parle et qui lance des boules de feu avec ses mains.
Mais un bon moment de détente avec une suite qui va sortir au mois de mai en anglais.

13 mars 2008

Scarrels - MALTE MARCUS - Syros


Scarrels : plus qu'un roman, une expérience
Marcus Malte
Syros jeunesse
512 pages - à partir de 13 ans - 19,90 euros

"A Regency, il pleut toutes les nuits. Et cette nuit-là, il pleuvait.(...)Il y a bien longtemps que la pluie tombe du ciel sans nuages. Bien longtemps. Je n'ai connu que ça et pourtant j'ai eu quinze ans un jour, il n'y a pas si longtemps."
Luc nous raconte sa vie dans cette mégalopole qu'est Regency, traversée par la route lunimeuse : le RC 612. Route sur laquelle passent les Scrarrels : "petit globe rosâtre avec des rayures grises, comme des veines.(...)Dans leur sillage, ils laissent de longues traînées de bave bleue. Un bleu phosphorescent"
Luc a une situation familliale compliquée avec le père colérique à la main leste, la mère obèse au grand coeur scotchée sur son Mac Nimax, et des frères éparpillés dans tout Regency.
Sa situation sociale n'est pas non plus des plus simples, toutes les nuits il part en direction du Centre Pénitencier où, grâce à Karen, ses amis et lui ont droit à une cellule pour se réunir.
Il y retrouve Tommy, le chef du groupe, Tina, la poupée de Karen, Abel, le colosse noir silencieux, Steve, le colérique qui chante des airs que personne ne connaît, et Jona, la belle Jona qui faît battre le coeur de Luc.
Cette nuit-là sera particulière, une phrase est inscrite en bleu sur le mur du Centre "Hommes libres de Regency, vous n'avez jamais quitté ces lieux."
Tommy, qui en sait plus qu'il ne veut bien le dire, va leur proposer un jeu : retenir toutes les phrases qui apparaîtront dans Regency à partir de maintenant.
En une nuit l'existence de Luc va totalement basculer. Il va rentrer dans un mouvement de résistance, qui va l'amener à se battre contre le système en place et ses anges : des faucons qui sillonnent le ciel n'hésitant pas à éxécuter ceux qui sont contre le régime en place.
Tout son groupe va se battre pour essayer de changer les choses, le chemin est semé de nombreux obstacles et mène à une destination confuse et difficile pour tous.
Luc n'en sortira pas indemne: "J'ai pensé que les hommes étaient pareils aux scarrels:des créatures destinées à écrire et réécrire l'histoire sur les murs, avec leur bave, avec leur sang."

Marcus Malte est en passe de devenir le meilleur écrivain français pour adolescents. Après De Poussière et de sang, magnifique roman d'aventures et d'amour, il nous livre Scarrels.
Roman fantastique remarquablement construit, des personnages profonds, attachants, une histoire qui tient plus que la route.
Son écriture toujours aussi remarquable, avec une prose qui confine toujours à la poésie dans l'agencement des phrases et l'oralité de ses écrits.
Marcus Malte nous transporte à Regency, et nous fait frémir en nous mettant le nez dans la civilisation qui risque d'être la notre dans un futur proche si on n'y prend garde.
Lisez Scarrels vous ne vous en relèverez pas de sitôt et le maïs aura une toute autre signification à vos yeux.


8 mars 2008

Catsou - BRUNET / MOLLET - Rouergue


Catsou
auteur : Bénédicte Brunet
illustrateur : Charlotte Mollet
Rouergue - Varia
40 pages - à partir de 3 ans - 15 euros

Catsou est un chat roux que toute la famille a adopté, même s'il adore ses espaces de liberté. Quand on déménage en ville, Catsou perd sa joie de vivre et il faut se résoudre à le laisser aux anciens voisins et à leur jardin. Un album sur l'apprentissage de l'indépendance et du bonheur.

Un album très tendre, au regard très juste. Le chat Catsou est le vecteur de beaucoup de peur:laissez s'envoler les êtres chers, arriver à vivre sans leur soutien. Un vrai hommage à l'indépendance dont les chats sont les plus hauts représentants.
On apprend que laisser partir c'est surtout respecter les choix de vies de chacuns.
Le dessin tout en superposition de Charlotte Mollet, inspiré de miniatures russes arabes et persanes.
Catsou sera exposé au Salon du livre de la porte de Versailles du 15 au 16 mars 2008.

7 mars 2008

Zoo sans animaux - LEE SUZY - Actes Sud Jr

Zoo sans animaux
Suzy Lee
Actes Sud Junior - 13,90 euros
40 pages - 22 x 28 cm - à partir de 5 ans

Résumé éditeur
Pour ces parents-là, la visite au zoo vire au cauchemar. Leur petite fille a soudain disparu comme aussi, semble-t-il, tous les animaux du zoo ! Ce qu’ils n’imaginent pas, c’est qu’elle passe un moment merveilleux avec tous les animaux évadés...

Cette petite fille est formidable, d'une visite au zoo qui aurait pu vite devenir ennuyeuse elle en fait un moment magique.
Son imagination l'entraîne au plus près de la vraie vie de ces animaux, hors les cages.
L'illustratrice alterne donc les dessins en camieu de gris bleu pâle: ceux où les parents parcourent le zoo à la recherche de leur enfant perdue, avec les images colorées du périple formidable de la petite fille.
Avec une magnifique illustration sur 2 pages au milieu de l'album où on voit l'héroïne passer d'un monde à l'autre en suivant la queue d'un paon, telle une Alice tombant dans le terrier du lapin blanc. Sa robe passe alors du gris au rouge.
Et lorsque ses parents la retrouve enfin endormie sur un banc, la robe est toujours rouge à son réveil. Rouge aussi quand elle quitte le zoo heureuse de sa merveilleuse journée.

Salut! - DORIN PERRINE - Rouergue



Salut!
Perrine Dorin
Rouergue
32 pages - à partir de 3 ans - 11 euros

Résumé éditeur
Un à un, les oiseaux s'alignent et se saluent sur le fil électrique. Jusqu'au neuvième le salut ne varie guère, mais quand le dixième est une belle oiselle, les oiseaux rivalisent d'imagination pour lui souhaiter le bonjour. Mais la demoiselle a l'esprit de contradiction, et un coup de ciseaux fera le ménage sur le fil. Un album malicieux pour apprendre à compter jusqu'à dix, sans oublier le zéro.

Haa comme c'est chouette des petits albums comme ça!
Peu d'effets: un ciel bleu, un fil qui passe, des chiffres et des lettres, des "Salut".
Arrivent des oiseaux sur ce fil, un par un ils se disent tous "Salut". Tout roule jusqu'à ce qu'arrive la demoiselle oiselle mais là, point de Salut, juste des roucoulements pour attirer l'attention de la belle. Et du coup dix devient dix..., et passe à zéro grace au coup de ciseaux pour le fil où reposent les machos. "Salut!" leur lance-t-elle ironique.
C'est fini: on sait compter et on sait qu'une fille se débrouille très bien sans des petits mecs qui ne la saluent même pas!
Savoureux!

1 mars 2008

Le cueilleur de fraises - FETH MONIKA - Black Moon

Le cueilleur de fraises
(Der Erdbeerpflücker)
Auteur : Monika Feth
Éditeur : Hachette Jeunesse
Collection : Black moon
416 pages, 17€
à partir de 13 ans


Un tueur en série sévit dans l'Allemagne du nord.
Il a pour cible des jeunes filles, il les laissent presque chauve, leur enlève leur collier, et les tue des 7 coups de couteau.
Son surnom devient vite "le tueur au collier". Sa dernière victime s'appelle Caro.
Une jeune fille au passé difficile, qui vivait avec deux colocataires : Jette et Merle.
Cette disparition tragique va pousser Jette à un acte desespéré: à l'enterrement de son amie elle défie le tueur en jurant de se venger. Fille d'une auteur de polar célèbre, elle ne se doute pas qu'elle va devenir par ce biais la cible du tueur.
Et sa méthode d'approche est des plus douces, ce qui endormira la méfiance de cette adolescente peu experimenté en amour.

Un thriller à plusieurs voix assez efficace, mais parfois fouilli.
On alterne les narrateurs, entre la première et la troisième personne. On pénètre ainsi les pensées de chacun mais cela est peu mis en relief : pas de mise en pages spécifique, ou de typographies différentes.
Le fait que l'héroïne s'amourache du meurtrier donne un bel effet de tension.
Pour les amateurs du genre cela sera un bon moment à passer, pour les autres ce gros pavé de 400 pages serait un peu lourd à digérer.

7 févr. 2008

Glaise - ALMOND DAVID - Scripto





Glaise (Clay)
David Almond
Gallimard Jeunesse - Scripto
286 pages - à partir de 13 ans - 10€50

Felling en Angleterre, petite ville tranquille dans les années 60, va être le théâtre d'évènements extraordinaires.
Tout commence par l'arrivée de Stephen Rose, orphelin recueili par sa tante appelée Mary la Folle par les membres les moins charitables de la communauté.
Dont font parties les deux enfants de choeur, Geordie et Davie.
Ces deux-là sont inséparables, dans leur grotte secrète pleine de glaise ils essaient de survivre en éhappant aux foudres du chef du clan adverse Mouldy.
Sur une idée de Geordie ils vont aller faire la connaissance du nouveau pour le rallier à leur cause afin de faire masse contre leurs ennemis.
Mais Stephen est étrange, il a été expulsé d'une école de prêtre et possède une aura malsaine.
Il ne lâche pas Davie du regard, il ne parle qu'à lui.
Malgrès son comportement étrange il va rentrer dans leur bande, et le fait que la grotte soit remplie de glaise l'a beaucoup aidé à la décision: en effet il possède des dons de sculpteur.
Et cette glaise est le matériau dont il rêvait.
Stephen a en tête un plan machiavélique et il va entraîner Davie dans sa folie.

Splendide texte que celui-là! David Almond sait y faire question atmosphère!
Celle qu'il distille ici est à la fois fascinante et dérangeante. On est mal à l'aise pour Davie le narrateur, qui navigue dans les eaux troubles de Stephen.
Une tension sensuelle presque palpable mais jamais aboutie, un suspens haletant qui nous inquiète.
Bref à conseiller à tout le monde à partir de 13 ans, un vrai moment de littérature à la fois fantastique (à la limite de l'hommage à Frankenstein) et onirique.
Et si vous ne connaissiez pas David Almond précipitez-vous sur Le cracheur de feu ou Le jeu de la mort dans la même collection, vous ne le regretterez pas une seconde.

La disparition de Anastasia Cayne - GALLOWAY GREGORY - Albin Michel


La disparition d'Anastasia Cayne ( As simple as snow)
Gregory Galloway
Albin Michel - collection Wiz
362 pages - à partir de 14 ans - 15 euros

"Anna Cayne avait emmenagé ici au mois d'août, l'été juste avant notre entrée au lycée, mais en février elle avait déjà, un à un, tué tous les habitants de cette ville."
Ainsi commence l'histoire de G. tombé fou amoureux de cette nouvelle arrivante dans sa vie bien rangée.
Anastasia est gothique, énigmatique, leur rencontre dans la bibliothèque du lycée entre Jack Kerouac et H.P Lovecraft va sceller une relation forte et pleine de découvertes pour le jeune adolescent.
G. ne va plus savoir où donner de la tête avec cette jeune fille cultivée et pleine d'envies.
Elle lui fera partager ses goût musicaux, lui indiquera des livres essentiels, va remplir son casier de messages cryptés.
Il va aussi découvrir la marotte d'Anna: écrire les nécrologies de toutes les personnes qu'elle croise. Depuis son voisin de classe jusqu'au facteur.
"Son oeuvre une fois achevée représentait plus de mille cinq cent nécrologies"
Mais ce que veut Anastasia par dessus tout c'est vivre à fond, ne jamais se poser et entraîner son entourage dans son tourbillon.
Cette pulsion de vie va être poussée à l'extrême, jusqu'à l'évaporation, une disparition de la jeune fille à l'image d'une de ses idoles : Houdini.
Arrivée en septembre, Anna disparaît en janvier, laissant une robe vide étalée devant un trou dans la glace d'une rivière.
Quelques jours plus tard G. reçoit la nécrologie d'Anastacia Cayne par courrier.
Dès lors il n'aura de cesse de chercher des indices lui permettant de savoir si oui ou non son premier amour est partie, et si oui où?
Il sera aidé dans son espoir en découvrant des indices comprenant un message secret qu'ils avaient élaboré ensemble l'hiver de sa disparition, quelque chose de simple : "Simple comme la neige".

Très beau cri d'amour que ce premier roman de Gregory Galloway.
Dans ce roman il parle à la première personne mais jamais ne se nomme.
Les seuls allusions on les trouve lors de sa première rencontre avec Anna qui trouve son nom est
"comme higgledy-piggledy. Un double dactyle parfait", et à la fin de sa nécrologie où elle dit que ceux qui l'aimait l'appellait Anastasia et que "G. l'appelait Anna".
L'auteur nous fait vraiment vivre la relation exceptionnelle qu'il a eu avec cette jeune fille dont la fureur de vivre est contagieuse, il nous fait partager son humour particulier, ses folies et ses sagesses.
Elle lui est tombé dessus parce que il
"semblait si ordinaire, si normal... [elle s'est] dit qu'[il] avait besoin d'un grain de folie.", et si l'on s'imagine que cette histoire est vraie le dernier chapitre nous fait penser qu'il ne s'est jamais vraiment relevé.
Un roman très touchant avec un regret pour la traduction française du titre qui du coup fait perdre le côté appel dans l'espace du titre en V.O., autre regret la couverture trop chargée à mon goût, pas assez simple!!

29 janv. 2008

Being - BROOKS KEVIN - Rouergue


Being
Kevin Brooks
Rouergue – collection doAdo Noir
352 pages – à partir de 15 ans – 15€

Tout était normal dans la vie de Robert Smith, jusqu’à ce qu’il passe un examen médical.
Cela ne devait être qu’une simple endoscopie pour cause de maux d’estomac, et cela deviendra le jour qui va totalement changer sa vie.
A son réveil de l’anesthésie générale, il sent que quelque chose cloche. Il entend des voix qui lui semblent inquiètes et tendues, il capte quelques mots :
« Qu’est ce qu’il y a à l’intérieur ? Qu’est ce qu’il y a là-dessous ? Du liquide ? Des fils ? On dirait des fils mobiles. »
Robert ouvre les yeux et voit pencher au-dessus de son ventre ouvert le médecin qui l’a accueilli, et un homme en costume.
Il entrevoit un pistolet à la ceinture de ce dernier, sans réfléchir plus avant il l’attrape et le pointe sur la tête de son propriétaire.
Et à partir de là la vie de Robert ne va être qu’une grande fuite en avant.
Il doit fuir ces gens en costumes qui vont lancer une véritable chasse à l’homme, accusant l’adolescent des pires horreurs pour le faire passer pour un dangereux criminel.
Mais le plus effrayant réside en lui, Robert n’avait pas connaissance de sa différence, de sa non humanité, il va devoir faire face à ses démons intérieurs et essayer de trouver des réponses à ce qu’il pourrait bien être.

C’est un roman très fort que nous livre une nouvelle fois la collection doAdo Noir.
Une belle construction avec une alternance d’actions et de lenteur, pour aboutir à un final haletant.
Le fait que le narrateur n’est aucune connaissance de son état, lui fait se poser des questions sur l’humanité en général. D’ailleurs la majeure partie du récit se compose du questionnement qu’il a sur son existence. Une magnifique parenthèse en Espagne va lui faire ressentir qu’il n’a pas besoin d’être fait de chair et de sang pour être au diapason avec d’autres êtres humains.
Robert est une espèce de Jason Bourne qui au lieu d’une perte de mémoire, a une ignorance complète de ce qu’il est. Ce qui est encore plus troublant c’est que ses poursuivants sont eux aussi ignorants de son histoire.
C’est ce qui donne son originalité à ce polar haletant, à conseiller à tout amateur de sensations fortes et à ceux qui aiment les questionnements philosophiques.



22 janv. 2008

Les bizarres - SIGWARD VALERIE - Syros



Les bizarres
Valérie Sigward
Syros – collection Souris noire
143 pages – à partir de 10 ans – 5€90

Thibault mène une vie sans histoire, une meilleure amie un peu farfelue et une tante amoureuse d’un caniche géant orange en sont les seuls éléments qui sortent un peu de l’ordinaire.
Jusqu’à ce qu’arrivent de nouveaux voisins.
Que Thibault et son amie Ginou se mettent vite à appeler les bizarres.
Ces voisins ont une aura très mystérieuse, ce qui excite l’imagination déjà débridée de Ginou.
Et pour pimenter le tout, une nuit Thibault va apercevoir une fille de son âge à une fenêtre, mais le plus bizarre se trouve dans la réaction du père, il pousse la jeune fille sans ménagement et éteint rapidement les lumières.
Le lendemain des rideaux ont été posés aux fenêtres, il n’y a plus aucun signe de la jeune fille.
Mais le plus étrange, c’est que lorsque les deux adolescents vont demander un service à la voisine, celle-ci leur affirme qu’ils n’ont pas d’enfants.
Thibault va alors se mettre à douter de sa santé mentale, aidé en cela par Ginou, et leur ami malien Dialo qui lui envisage très sérieusement que son ami a vu un spectre.
Mais le jeune garçon ne lâche pas l’affaire, il est bien décidé à découvrir si il a rêvé ou non, d’autant que ce spectre avait une bien jolie frimousse…

C’est un polar très drôle et intelligent que nous livre là Valérie Sigward.
La construction est bien huilée, les personnages attachants et certains dialogues à pouffer de rire.
L’auteur nous fait passer comme ça quelques messages importants sur l’immigration non choisie, la clandestinité, et le danger qu’il y a à trop regarder ses voisins, avec d’ailleurs un petit clin à Fenêtres sur cour avec une apparition de jumelles !
Même si a la fin le parallèle entre l’expulsion de Dialo et la situation dans laquelle se trouve la voisine d’en face est un peu facile, il y a un réel plaisir à lire ce roman policier.
Et les jeunes ados seront ainsi amenés à se poser des questions sur cette société dans laquelle ils évoluent qui n’est pas toujours facile à décrypter.

19 janv. 2008

La balade d'Elvis - ARCIS FRANCISCO - Seuil



La balade d'Elvis
Francisco Arcis
Seuil - collection Karactère(s)
97 pages - à partir de 12 ans - 7€50

Caroline Burgy est une jeune assistante sociale, et son premier travail sur le terrain va se révéler être un véritable baptême du feu, au sens figuré comme au sens propre.
Elle a pour mission de conduire un certain Elvis Moreno au tribunal afin qu'il soit jugé pour vol de voiture.
Elvis a 16 ans et une très grande bouche. Il va réussir a convaincre la jeune femme qu'il doit d'abord passer voir sa mère dans sa cité. Caroline se pliera à ses exigences par pur bonté d'âme, ce qui lui vaudra de nombreux ennuis.
L'assistante sociale va devoir rapidement confronter ses connaissances théoriques à la réalité, ce qui ne l'aidera pas forcément à faire les bons choix.
Mais Elvis est au fond un bon garçon et fera tout son possible pour protéger Caroline peu adaptée aux lois qui régissent sa vie d'adolescent en marge.

Francisco Arcis est éducateur spécialisé depuis 20 ans, il sait donc de quoi il parle, mais son expérience ne vient pas alourdir l'histoire. Et de toute façon comme il explique en prologue il a voulu utiliser les armes de la dérision et de l'humour pour nous aider à décoder le quotidien de son métier et des enfants qu'il y rencontre.
Ce prologue de l'auteur est une particularité de la collection Karactère(s) du Seuil, nouvelle refonte de la belle collection de romans pour ados qui ne contenait aucun signe particulier ni marquage des âges.
Là l'âge est marqué et l'auteur a pour devoir d'expliquer au début du livre "Pourquoi j'écris ce livre..."
Est ce que l'on demande cela aux auteurs pour adultes?
Est ce qu'un texte pour adolescent doit forcément avoir un but pédagogique? Et la littérature dans tout ça? Elle était magnifiquement mise à l'honneur dans l'ancienne mise en page de la collection et je trouve ce revirement assez dommage.
Mais bon cela n'empêche heureusement pas la qualité dans le choix des textes, une belle consolation.

18 janv. 2008

Comment j'ai tué mon père...Sans le faire exprès - BROOKS KEVIN - Milan


Comment j'ai tué mon père...Sans le faire exprès (Martyn Pig)
Kevin Brooks
Milan - Collection Macadam
306 pages - à partir de 13 ans - 9€50

Martyn Pig n'aime pas son nom de famille, et encore moins l'homme à cause de qui il le porte.
Ils vivent tous les deux dans une banlieue sordide de Londres où l'adolescent de 17 ans essaie de composer une vie normale entre le lycée et les beuveries de son père.
Seul repère de normalité sa voisine, Alexandra, qui malheureusement sort avec un tocard, Dean.
Martyn Pig n'a pas une vie enviable et son seul réconfort il le trouve dans les romans policiers qu'il dévore. Son virus a commencé quand on lui a offert l'inégrale de Sherlock Holmes pour son anniversaire.
Et "si on considère la situation sous un angle amusant, c'est l'intégrale illustrée (...) qui a tué (son) père".
En effet la raison pour laquelle le crâne de son père a rencontré violemment le bord de la cheminée, c'est parce qu'il criait comme un cinglé pendant le dénouement de sa série policière préféree. Du coup Martyn s'est un peu énervé, et son père a voulu le frapper pour la énième fois.
Mais le garçon ne s'est pas laissé faire cette fois-ci, et a réussi à esquiver la frappe avinée de son père. Qui déséquilibré est tombé la tête la première sur la cheminée.
Martyn se retrouve donc avec un cadavre sur les bras, et aucune intention d'appeler la police pour ne pas finir chez la tante Jeanne, une tornade ambulante, ou encore pire en prison.
Il va donc essayer de faire marcher ses cellules grises, aidé en cela par Alex qui mise au courant de la situation va tout faire pour aider son meilleur ami.
Malheureusement dans la vraie vie rien ne se déroule aussi facilement que dans les romans, et beaucoup de paramètres vont rentrer en compte, notemment 30 000 livres dont son père avait hérité sans lui en parler...
Par contre comme dans les polars, pour le dénouement de l'intrigue : Cherchez la femme.

Kevin Brooks a écrit ce livre en 2002 en Angleterre, et c'est le premier texte qui a fait de lui depuis une star du roman adolescent anglo saxon. Surtout après la sortie de Lucas, qui lui n'a pas encore été traduit en français. Mais bizarrement Martyn Pig lui avait déjà été publié en France en 2002 par les éditions Hachette, sous un autre titre Martyn Pig, Innocent criminel, puis sorti en poche avec pour seul titre Innocent criminel. Aujourd'hui ces deux titres sont épuisés! Milan Macadam a donc voulu remettre ce livre à l'honneur.
Et c'est tant mieux! Ce roman policier est très bien construit, les personnages très intéressants, avec une fin étonnante qui donne envie de relire depuis le début: un bel hommage aux codes des polars! L'action se déroule sur une semaine, avec un récit à la première personne qui nous permet de mieux nous plonger dans les angoisses de cet adolescent pour qui rien ne va.
Un autre des livres de Kevin Brooks Being un roman avec un fond fantastique vient lui juste de sortir aux éditions du Rouergue.
Bref Kevin Brooks a l'air d'intéresser les éditeurs jeunesse, et ce pour notre plus grand plaisir!

9 janv. 2008

Azilis, l'épée de la liberté - GUINOT VALERIE - Rageot

Azilis, l'épée de la liberté
Valérie Guinot
Rageot - 432 pages - 16 €
à partir de 14 ans

La Gaule, juin 477. Azilis, jeune fille aisée d'Armorique, coule des jours paisibles dans le giron de sa maison familiale.
Orpheline de mère depuis peu elle se laisse gâtée par son père et mène une vie aisée, cultivée mais un peu solitaire.
Ses seuls plaisirs sont ses promenades à cheval escortée par son esclave Kian, et ses visites en cachette à Rhiannon, la prétresse de la forêt.
Mais il y a des ombres dans ce tableau qui semble idyllique : son demi-frère Marcus qui veut à tout pris la marier à un de ses amis, aussi fourbe que lui; son frère jumeau parti vivre sa foi catholique dans un monastère, et son grand frère Caius parti lui en Bretagne pour aider à la défense de leur peuple maternel.
Son petit univers va imploser à l'arrivée de son cousin, Aneurin, qui revient d'un voyage en Occident. Il apporte à Caius, et au peuple breton le secret de fabrication d'épées redoutables acquis auprès d'un magicien.
Déçu du départ solitaire de son cousin, il va quand même demander à son oncle une aide financière, ce qui lui sera accordé de bon coeur.
Malheureusement Marcus ne voit dans ce don qu'un grapillage de plus sur son héritage, et va faire assassiner son père pour éviter plus de gachis.
Azilis entrevoyant un destin plus que sombre auprès de Marcus va suivre son cousin, aidée dans sa fuite par Kian . La jeune femme prend également le soin de prendre l'argent qu'elle estime du à son cousin.
Première erreur de jugement qui va avoir pour conséquence une poursuite acharnée par les soldats de Marcus pour récupérer son pécule.
Un long voyage attend la jeune Azilis, un chemin pleins de douleurs et d'épreuves qui la mènera à devenir une légende.

Flamboyant texte de Valérie Guinot. Ce texte nous est livré ici avec une seule signature pour cette adepte du roman à quatre mains.
La recherche historique de cette fana du mythe arthurien est travaillée, mais ne se fait que peu sentir.
On est entraîné par le souffle de la destinée de cette jeune femme promise à laisser une marque profonde dans la légende.
Une certaine noirceure transparaît souvent dans le déroulement des évènements : meurtres, trahisons, non-dits...
Ce qui donne une vraie profondeur à ce récit où on vit la sortie du cocon d'Azilis, le début de l'âge adulte.
On a hâte de connaître la suite de ses aventures et de celles de ses compagnons prévue pour fin 2008.

Deux morts à Venise - NICODEME ET LEFEVRE - Nathan

Deux morts à Venise - Europa Tome 2
Béatrice Nicodème et Thierry Lefèvre
Nathan - 240 pages - à partir de 11 ans
12€95

La famille Cavendish, joyeux mélange italiano-écosso-breton, est en vacances à Venise.
Malheureusement le voyage tourne vite au vinaigre, en effet tout prend une mauvaise tournure depuis leur départ du Danemark (Voir Dossier Morden Ours Polar n° X).
Des chats noirs et autre bizarreries jusqu'au summum : un meurtre a été commis dans l'immeuble dans lequel ils vont passer leur séjour vénitien!
Olivia et Jonathan, les enfants Cavendish, voient passer sous leurs yeux un sac noir dans lequel on a zippé le corps d'un ado de dix-sept ans : Enzo.
Le frère et la soeur vont se trouver bien malgrès eux entraîné dans le tourbillon généré par ce suicide qui ne semble pas en être un.
Olivia va surtout suivre le bleu des yeux de Luca, le meilleur ami du disparu, tandis que Jonathan va tout faire pour éviter les malédictions et les mauvais esprits qu'il voit à chaque coin de ponts.
Les Cavendish vont devoir semer les ombres, les bouches de lions vénitiens trop menaçantes, à travers un Venise inquiétant et malveillant.
Au final les deux adolescents vont se trouver mélés à une affaire dont ils été loin de soupçonner les enjeux.

Une nouvelle aventure européenne pour Olivia et Jonathan que l'on suit avec plaisir grâce à leur logbook (journal de bord qu'ils tiennent chacun leur tour).
Olivia nous fait toujours découvrir les plats typiques du pays traversé, et Jonathan nous amuse l'esprit avec ses mots inventés.
Ce qui est aussi intéressant dans ce tome 2 c'est la fascination pour la mort du benjamin. Le fait de voir un ado de son âge trépassé va entraîner chez Jonathan un questionnement morbide et fasciné autour de la mort.
Questionnement qui parfois lorsqu'il est poussé à bout peut entraîner des fascinations malsaines chez certains adolescents.
Le garçon devient adulte, et se pose des questions d'adultes mais y répond par des techniques encore adolescentes.
Heureusement Olivia est là pour tempérer ses tendances morbides, et la présence parentale, plus forte que dans le tome 1, lui donne aussi les repères nécessaires.
Une bonne continuation de série, même si après le dénouement on aimerait bien savoir comment finissent les méchants, et si une vision plus sociale de la ville aurait été plaisante.
On a quand même très envie de connaître leurs futures aventures qui se dérouleront à Bruxelles l'Européenne.

4 janv. 2008

Le portrait de Leonora - ROBBERECHT THIERRY - Syros


Le portrait de Léonora
Thierry Robberecht
Syros - Collection Souris noire
5€90 - 170 pages - à partir de 11 ans

Emile, douze ans, va un soir découvrir une nouvelle facette de son père chez qui il vit une semaine sur deux.
Il va faire la connaissance de son frère jumeau, Max. Les deux frères étaient fachés depuis plus de 15 ans, depuis la mort de leur père.
Max semble avoir une vie moins bien rangée que son frère, et Emile va découvrir que si il revient après tant d'années c'est parce qu'il a un énorme service à demander à son frère pour éponger ses dettes de jeu.
Inquiet pour son père Emile va veiller sur lui en sous-marin. Et grâce à une visite dans un musée qui va lui faire découvrir le peintre italien du XVIe siècle Titien, il va avoir les clés pour comprendre ce que trament les deux frères qui ont tous deux construit leurs vies autour de leurs dons artistiques.

Sympathique polar qui se passe dans le milieu de l'art.
Une relation père-fils très touchante du fait de leur complicité et du rôle de protecteur qui ici est inversé.
Cela donne également envie de découvrir l'oeuvre de Titien, pour découvrir cette belle Léonora qui déchaîne les passions.
Une intrigue bien menée, du suspens, et des scènes d'actions bien ficelées. Notamment celle qui se passe sous une énorme verrière!
Un bon moment de lecture, et des bonnes pistes de travail pour enseignants!


Qui es-tu Alaska? - GREEN JOHN - Gallimard



Qui es-tu Alaska?
Premier amour
Première fille
Dernière paroles
John Green
Gallimard jeunesse - Collection Scripto
360 pages - 13 € - à partir de 15 ans

C'est l'histoire de Miles Halter, qui a seize ans décide de quitter le douillet nid familial.
Il quitte sa Floride natale pour un pensionnat en Alabama : Culver Creek.
Miles veut un changement radical pour enfin vivre des choses exceptionnelles, il ne veut plus se dénoter seulement parce qu'il connaît les dernières paroles de beaucoup d'hommes célèbres.
Il ne sera pas déçu car l'ambiance de l'internat est survoltée.
Deux groupes se font face : les weekendeurs et les pensionnaires pur-souches.
Miles et son colocataire de chambrée, Le Colonel, font partie du deuxième groupe, ce qui lui vaudra un bizutage salé en tant que nouvel arrivant.
Mais ce qui attire le plus l'attention de Miles c'est Alaska.
Elle est vive, intelligente, passionnée de littérature, et amoureuse de son petit ami qui est à la fac dans une autre ville...
Miles va vivre avec ses collègues d'internat l'expérience d'amitiés très fortes.
Entre les cours de maths d'Alaska dans sa petite chambre encombrée de livres, les plans inratables du Colonel pour piéger les weekendeurs et l'Aigle, responsable de l'internat, la vie passe vite, trop vite.
Alaska va être victime de cette vitesse. Le soir où Miles avait enfin réussi à l'approcher au plus près, elle meure brutalement dans un accident de voiture.
Miles et le Colonel sont sous le choc, ils vont tout faire pour tenter d'élucider l'accident, pour trouver un coupable. Subterfuge maladroit pour essayer de contourner l'énorme douleur de leur chagrin.


Beaucoup d'émotions passent dans Qui es-tu Alaska?, la fin de l'adolescence y est traitée merveilleusement bien. Je l'ai lu d'une traite ce qui m'a voulu un bout de nuit blanche. Je parle rarement à la première personne des livres que je chronique, mais là je sais qu'il y a beaucoup de commentaires contradictoires sur cet ouvrage, certains allant même jusqu'à dire qu'il était de trop dans cette splendide collection pour adolescents qu'est Scripto.
Mais moi je l'ai trouvé d'une justesse et d'une écriture à couper le souffle. Un vrai coup de coeur, de ces livres qui ne vous lâchent pas. Le ton est juste, les personnages profonds et compliqués, les sentiments retranscris au millimètre.
Alors oui il y du sexe, oui c'est parfois cru et sans concession, mais à 15 ans on a le droit de lire des textes qui parlent de ces choses là qui font également parties du quotidien des adolescents.

1 janv. 2008

Si jamais - ROSOFF MEG - Hachette




















Si jamais… (Justin Case)
Meg Rosoff
Hachette – collection Black Moon
16 € - 10 octobre 2007 – 360 pages
A partir de 13 ans

L’adolescence est un passage difficile, David Case est au début de la traversée.
Sauf que pour lui la transition enfance/adolescence a été brutale. Elle s’est confondue avec la tentative d’envol de son petit frère de 18 mois par la fenêtre de leur appartement situé au 4e étage.
Après avoir empêcher la tentative de Charlie de vivre comme un oiseau, David s’est mis à ne voir autour de lui que catastrophes et drames en tous genres.
« Et si jamais… ? Dès lors David s’embourba dans le et si jamais. Le poids du et si jamais s’enroula autour de ses chevilles et l’entraîna par le fond. »
Persuadé que David Case est poursuivi par un destin implacable qui ne se relâchera que lorsqu’il sera mort dans une terrible catastrophe, l’adolescent décide que désormais il se fera appeler Justin.
Cette nouvelle identité lui permettra peut-être de passer inaperçu, et Justin Case (« just in case » : se traduit en français par « au cas où ») cela sonne bien.
Il décide aussi qu’il va faire l’acquisition d’un lévrier imaginaire : Gaillard, parce que cette race de chien est une race noble, et que cela lui donnera plus d’assurance.
Bref David/Justin est perdu, paumé, totalement largué, et cela va attirer l’œil d’une jeune photographe, Agnès, de trois ans son aînée.
Elle va voir en Justin un très beau sujet à photographier, ce doute, cette absence qu’il porte dans le regard lui inspire beaucoup de choses.
Malheureusement elle va un peu trop mettre Justin en lumière, alors que lui évolue en pleine obscurité.
Comment Justin Case va-t-il arriver à échapper à son destin, et si jamais c’était à lui d’en décider ?


Meg Rosoff l’auteur du splendide Maintenant c’est ma vie paru chez le même éditeur, nous revient avec un nouveau récit sur l’adolescence.
Cette fois l’on s’intéresse à un garçon, et sa frayeur d’affronter ses peurs, de prendre son destin de front.
Et cela donne un récit assez juste avec des zestes de fantastique et d’étrange.
Le plus intéressant est le dialogue qui s’installe entre la vie de Justin et le Destin qui, en caractère gras, nous parle tout en s’adressant au jeune homme.
Ce procédé permet de nous placer en recul par rapport au garçon, et installe une vraie tension dans le récit.
Un peu plus maladroit que son premier livre, il n’en reste pas moins que
Si jamais… est un livre à mettre dans les mains de tout ado, afin de lui faire prendre conscience qu’il n’est pas seul dans cette galère, et qu’il suffit de trouver les bonnes rames pour avancer, et que surtout il suffit de faire confiance à ses proches.
Ce livre a obtenu The Carnegie Medal 2007 en Angleterre, où dans la shortlist on trouvait Kevin Brooks, et Siobhan Dowd que du bon quoi!