10 avr. 2011

La souris noire fait peau neuve

Avant

Après


La série mythique, composée essentiellement de roman noir pour jeune ados refait peau neuve.
En effet il s'agit de Nième maquette pour cette collection de très grande qualité qui semble toujours chercher à capter son jeune public. Il s'y perd plutôt à force, sans parler de ceux qui pourraient leur mettre dans les mains...
Mais c'est un excellent moyen de découvrir des grands classiques réédités pour l'occasion, notamment:
Il va venir, de Marcus Malte - un thriller psychologique où la tension est presque palpable
La disparue de la 6eB, de Stéphanie Benson - Un roman de mœurs sur fond de quête d'identité.
Tous les titres de la Souris noire se lisent à partir de 10 ans, et sont presque tous d'excellentes factures.

Les Rats noirs ont eux aussi eu droit à leur petit relooking pour faire plus grands ados, et peuvent se lire à partir de 14 ans.
Est réédité le scotchant Shooting Star, aussi de Stéphanie Benson - Que j'avais chroniqué ici

6 avr. 2011

L'arbre rouge - TAN SHAUN - Gallimard jeunesse




L'arbre rouge ( The red tree)
Shaun Tan
Traducteur Anne Krief
Gallimard jeunesse - 10/2010 - 32 pages - à partir de 8 ans - 13,90euros

Voici un des plus beaux albums qui ait été publié ces dix dernières années en littérature de jeunesse. Il est le fruit du travail d’un illustrateur australien de génie Shaun Tan sur le pouvoir d’évocation des images. Traduit pour la première fois en 2003 par les éditions de La compagnie créative, il a marqué tous les lecteurs qui l’ont eu entre les mains. Non seulement grâce à sa qualité graphique, mais aussi par le choix des thèmes traités. L’histoire nous parle d’une petite fille aux prises avec des sentiments négatifs peu traités dans les albums pour enfant, la solitude et la dépression. L’auteur nous livre des illustrations tellement fortes et pertinentes qu’elles vont au-delà du langage verbal, nous faisant tomber dans cette zone où l’on se trouve quand les mots ne suffisent plus. A la fin un arbre rouge vient symboliser l’espoir et le renouveau. Et vous savez que vous avez entre les mains un chef-d’œuvre.

Shaun Tan est l'auteur du sublimissime Là où vont nos pères chez Dargaud, et comme le dit si bien Fred, il y a un film d'animation qui se prépare, et Houlala! Ca va envoyer du bois.

Birthmarked - O'BRIEN CARAGH - Mango



Birth marked - rebelle ( Birth marked)
Caragh O'Brien
Traducteur : Hélène Bury
Mango - collection: Grand format - 02/2011- 400 pages - à partir de 12 ans - 18 euros


Et si dans quatre siècles les pires prévisions climatiques s’avéraient vraies ? L’humanité saurait-elle faire preuve d’humilité face à ce nouveau départ, ou accomplirait-elle de nouvelles erreurs ? C’est la question que se pose C.O’Brien avec l’histoire de Gaia Stone.

La petite communauté de Wharfton a appris générations après générations à vivre dans des conditions climatiques difficiles. Tout le monde ne peut vivre dans le confort matériel qui était dans la norme plusieurs siècles auparavant. Seule une élite, avec à sa tête le Protecteur, peut se permettre de vivre selon ces anciens préceptes, et ils les protègent derrière un mur dans ce qu’ils nomment l’Enclave. De l’autre côté vivent ceux qui les nourrissent en travaillant le peu de terre encore exploitable. Gaia, seize ans, y a quand à elle un rôle un peu spécial, elle y a appris le métier de sage-femme avec sa mère, et comme cette dernière elle se doit de respecter un quota bien particulier. Gaia a pour mission de faire l’avance des trois premiers bébés du mois à la population de l’Enclave. Il s’agit d’un moment douloureux pour la mère et pour la sage-femme mais on ne remet pas en question l’ordre établi de ce côté-ci du mur, et les séances hebdomadaires d’Autélé leur ont bien montré que ces bébés seront bien plus heureux dans l’Enclave avec leurs familles adoptives. Cependant un évènement majeur va transformer la docile Gaia, ses parents ont été arrêtés par la Garde car ils cachent un lourd secret concernant les bébés que sa mère a mis au monde. L’adolescente devra prendre le chemin de la rébellion pour espérer les revoir vivants, et cette quête la mettra face aux injustices perpétrées impunément par ceux de l’Enclave depuis des années. Ce premier tome d’une nouvelle série de dystopie, ou contre-utopie, est menée tambour battant avec beaucoup de rebondissements et d’actions qui vous empêcheront de le lâcher avant la fin. On peut cependant regretter un contexte scientifique assez flou et des personnages qui mériteraient plus de profondeur mais qui n’empêchent pas d’attendre la suite avec impatience.

26 janv. 2011

Indignation, c'est à la mode

illustration de J-F Martin tirée de la collection n°1 de la maison est en carton http://www.lamaisonestencarton.com/

Hier en lisant le blog de l'excellent Vincent Cuvellier (excellent en tant qu'auteur, et en tant que directeur de collection), j'apprenais que sieur François Busnel avait fait des siennes au moment du Salon du livre et de la presse jeunesse. Oui c'était en décembre, mais y en a ras-le-bol de cet amour de l'éphémère et de l'actualité toute chaude, celle-ci est tiède mais elle me fait quand même bouillir.

Ce cher monsieur (journaliste littéraire de son état) parlait, dans une introduction à la critique d'un livre de Danielle Sallenave, de la littérature jeunesse en y mettant tout son obscurantisme et ses aprioris sur le sujet.
Fort heureusement Valérie Zénatti a utilisé son droit de réponse sur Médiapart, et elle l'a fort bien fait.

Mais le plus affligeant dans l'histoire, c'est que ça se passe à peu près tous les ans ce petit cirque.
Les journalistes littéraires voyant Montreuil arrivé se sentent obligés de faire un papier sur la littérature de jeunesse. Encore une fois pour coller à l'actualité. Et donc ils jettent un coup d'œil rapide sur la production, le seul de l'année, et se mettent à écrire sur un sujet que bien évidemment ils maîtrisent très mal.
Le même genre d'incident s'était déroulé dans les colonnes du Monde des livres en 2007, où la journaliste Marion Faure racontait à ses lecteurs les atrocités que l'ont fait lire aux ados. Elle y parlait surtout de la splendide et, il est vrai, parfois difficile collection d'Une seule voix chez Actes sud junior. Là encore un article écrit avec une méconnaissance flagrante sur le sujet et des jugements à l'emporte-pièce. Et là encore des boucliers se sont levés.

Le plus drôle, ou le plus pathétique, dans l'histoire c'est que monsieur Busnel avait déjà tenté l'exercice du "tiens Montreuil arrive parlons de littérature jeunesse" dans l'émission A livre ouvert sur France Culture en 2009. Et ses intervenants, libraires de grande qualité, avaient fait le job en parlant de ce formidable vivier qu'est la littérature de jeunesse. Mais un an plus tard on s'aperçoit que F.Busnel contredit par écrit ses propos radiophoniques et n'a pas pris le temps durant ces douze derniers mois de se pencher sur au moins un des ouvrages conseillés par les libraires. Gageons que si il l'avait fait, si il avait lu le magnifique La vie commence de Stefan Casta chez Thierry Magnier il serait allé faire un tour en Suède pour l'interviewer dans l'émission de la grande librairie, sur France 5.

Quand sait que cette émission et le Monde des livres sont les médias les plus prescripteurs auprès des lecteurs, et que la jeunesse est le deuxième secteur vendant le plus en librairie on se dit qu'il y a quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark. Et ces messieurs-dames journalistes devraient quand même faire l'effort de mettre un peu plus en lumière les acteurs de la littérature dite de jeunesse, ou embaucher des journalistes qui s'y connaissent et les laisser travailler sur le sujet. Il y a matière à faire autant d'articles que ceux concernant la littérature adulte.

Mais comme le dit malicieusement E.Orsenna dans cette vidéo (à 11m30) de l'excellent site journalistiques Les Histoires sans fins, il y a des journalistes intelligents qui savent qu'il y a dans ce secteur, comme chez les adultes, des bons livres et des mauvais livres et que certains méritent des bons coups de pieds au cul pour s'en rendre compte.
Alors pour faire balancier parlons aussi des bons journalistes :
sur France culture l'émission Jusqu'à la lune et retour le samedi à 21h30, on y parle de la culture destinée au jeune public: théâtre, musique, littérature.
sur France inter l'émission L'as-tu lu, mon p'tit loup le dimanche à 19H55, soyez ponctuel cela ne dure que 5 min.

Comme l'illustre l'excellent Jean-François Martin dans mon image d'introduction, pour la maison est en carton
CHILDREN BOOKS ARE IMPORTANT.
Vlan!

19 janv. 2011

Ce que fût 2010


Ouh un peu de vie ici!

Histoire de mettre les pendules à l'heure de 2011, j'ai décidé de faire un exercice assez sain que j'ai vu pratiquer sur d'autres blogs, à savoir faire la liste de tout ce que l'on a lu l'année passée.
Ça va me décrasser les méninges et me permettre de faire le point sur mon rythme de lecture que je sous-estime toujours beaucoup!

Alors dans le désordre

Anna Karénine de L.Tolstoi
Coraline de N.Gaiman
Florida Roadkill de T.Dorsey
Le baron perché de I.Calvino
Histoire d'un mariage de Andrew Sean Green
Le chuchoteur de D.Carrisi
Seul le silence de RJ Ellory
Un bûcher sous la neige de S.Fletcher
Antoine et Isabelle de V.Borel
Rosa Candida de A.Ólafsdóttir
Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants de M.Enard
Ouragan de L.Gaudé
Purge de S.Oksanen
La huitième vibration de C.Lucarelli
Crépuscule irlandais de Edna O'Brien
Le délégué de D.Desbrugères
Intermittences de C.Lévi
Le cercle et la flèche de P.Ness
Le World Shaker de R.Harland
Les variations Bradshaw de R.Cusk
La douane volante de F.Place
Le sauvage D.Almond
Un endroit où se cacher de JC Oates
Dans la ville des veuves intrépides de J.Canon
Pas facile de voler des chevaux de P.Pettersen
Où vas-tu Sunshine de S.Dowd
Leviathan de S.Westerfeld
Birthmarked de C.O'Brien
L'histoire de Pi de Y.Martel
Syngué Sabour de A.Rahimi
La cérémonie d'hiver de E.Fontenaille
Bellefleur de JC Oates
Le mec de la tombe d'à côté K.Mazetti
Quand souffle le vent du nord de D.Glattauer
Incident de personne de E.Pessan
Nous étions des êtres vivants de N.Kuperman
Enlèvement avec rançon de Y.Ravey
Du plomb dans le cassetin de J-B Maugiron
Le signe du K1 de C.Gratias
El Sid de C.Haslam
Ta mere de B.Carvalho
Vango de T.de Fombelle
Strom de Saint Chamas
Le survivant de J.Johnston
La galère des monstres de A.Snow
Les quatre morts de St Jean de Dieu de A.Chedid
Où j'ai laissé mon âme de J.Ferrari
Mon vieux et moi de P.Gagnon
Fuck America de E.Hilsenrath
Exils de R.Hansen
Le corps de l'autre de G-O Chateaureynaud
La douane volante de F.Place


Cadavre exquis de P.Bagieu
Quai d'Orsay de C.Blain
L'enfer, le silence de JD Canales
Lulu femme nue T2 de E.Davodeau
Le chasseur de D.Cooke
Koma de F.Peeters
Omnivisibles de L.Trondheim
Zombillenium de A.dePins
Seuls T5 de F.Vehlmann

Et je vais en oublier parce que c'est ça aussi le quotidien du lecteur, c'est retenir oublier dévorer aimer rejeter adorer détester. Une passion c'est un peu tout ça à la fois.


17 sept. 2010

Un bûcher sous la neige - FLETCHER SUSAN - Plon


Un bûcher sous la neige ( Corrag )
Susan Fletcher
Traduction : Suzanne Mayoux
Plon - collection Feux croisés - 08/10 - 400 pages - 22 euros

Une liberté qui enflamme.

L'Angleterre du XVIIe siècle est en plein cœur des luttes de pouvoirs en cours depuis le décès de la grande reine Elisabeth.
Jacques II, fils de Marie Stuart, a été renversé du trône par Guillaume III d'Orange. Réfugié en France, il attend son heure en comptant sur ses alliés jacobites qui espionnent sur l'île les malversations menées contre son camp par son adversaire.
Une des plus sordide est le massacre de Glencoe, où un clan entier de Highlanders furent assassinés par des soldats qu'ils avaient accueilli selon les règles de l'hospitalité écossaise.
A ces destinées funestes vient se mêler celui d'une jeune anglaise : Corrag.
Elle va devenir un témoin gênant pour les investigateurs du massacre, mais son profil de femme libre et indépendante fait d'elle une candidate idéale à une condamnation rapide au bûcher pour sorcellerie.
Mais Corrag sait, grâce à une prédiction qu'on lui a faite, qu'un homme est en route pour l'entendre et l'écouter dans la solitude crasse de son cachot. Et cet homme se nomme Charles Leslie, tout du moins est-ce ainsi que le nomme ses alliés jacobites. Il est en mission secrète pour établir la vérité sur le massacre.
Pour ce faire il doit rencontrer Corrag. Mais pour ce fervent catholique il est difficile au début de leurs entretiens d'écouter les tergiversations de cette femme impie. Mais Corrag, sentant sa fin proche, tient à laisser une trace et pour ce faire elle va raconter son histoire à elle, et depuis le début.

Une rafale de vent revigorant va s'engouffrer dans vos jupes et dans vos chausses!
Un grand roman magnifique où la nature est sublimée par le récit à la fois simple et très profond de cette jeune femme sans Dieu, ni maître qui a la liberté comme seul mot d'ordre.
La construction du roman se fait sur la succession des monologues de Corrag, qui ont tous un intitulé de plante accompagné des vertus médicales de celle-ci, avec les lettres que Charles Leslie envoie à sa femme restée en Irlande. Il lui raconte son difficile parcours d'espion jacobite et l'évolution de son regard sur cette femme si atypique pour lui et ses contemporains.
On en ressort avec un supplément d'âme laissé par cette femme libre et si belle dans son combat pour la liberté d'être elle-même.


Un extrait et la présentation de l'éditeur sur le choixdeslibraires.com
Côté Blogs : Yspaddaden aime; Marie est fan; Cathulu me fait dire qu'il ne faut pas avoir peur du côté historique; Liliba a adoré

4 sept. 2010

La huitième vibration - LUCARELLI CARLO - Métailié


La huitième vibration ( L'ottava vibrazione )
Carlo Lucarelli
Traducteur : Serge Quadruppani
Anne-Marie Métailié - collection : Bibliothèque italienne - 08/10 - 413 pages - 22 euros

Dans la chaleur de la défaite

La huitième vibration est un titre énigmatique qui ne se révèle au lecteur qu’à la toute fin du livre. Il est le fidèle reflet de ce roman aux multiples facettes à la fois roman historique, roman policier, récit d’aventure et même roman d’amour. Tout un mélange à juste dose qui nous fait vivre au cœur d’un corps expéditionnaire de l’armée italienne engluée dans ses rêves de colonisation et dans la chaleur étouffante de l’Erythrée de 1896.
Un récit qui vous happe et qui se termine sur le point d’orgue de la bataille d’Adoua qui fut la première remportée par une armée de colonisés sur une armée de colonisateurs.
Une immersion totale au côté de multiples protagonistes qui nous font vivre chacun leurs histoires, leurs accents, leurs langues et leurs cultures. Tels que Vittorio Cappa dit « le magicien »qui sait mieux que quiconque se débrouiller pour oublier de réceptionner des fournitures de l’armée italienne arrivant en Afrique. Mais qui surtout fera l’erreur de tomber amoureux de la mauvaise femme. Ou encore Pasolini l’anarchiste qui se retrouve dans l’armée pour ne pas finir sur l’échafaud, et qui une fois au front devra faire le choix de tirer ou non pour sauver sa vie, et donc défendre les couleurs de ce drapeau qu’il n’a jamais respecté. On y croise aussi Aïcha, la chienne noire mi-sorcière mi-putain, dégageant un érotisme si puissant que peu de soldats savent lui résister. Et enfin Sciortino, le soldat fantôme, originairement berger dans les Abruzzes, un simple d’esprit ne comprenant pas les tenants et les aboutissants de toute cette agitation dans le désert mais qui sera un des seuls à sortir indemne de ce cauchemar.

Un livre puissant à la construction très intelligente menée de main de maître par une star italienne du roman policier, qui est également scénariste de bandes dessinées ou encore journaliste. Carlo Lucarelli est même dans son pays l’animateur à succès d’une émission de télévision qui parle de crimes non résolus. C'est une véritable star de l'autre côté des Alpes. Il nous livre là un grand roman que vous n’oublierez pas de sitôt, servi par la traduction impeccable du directeur de la collection : Serge Quadruppani.

article paru dans PAGE n°139, septembre 2010