23 janv. 2009

Les enquêtes de Lady Souris - BOULET GWENAELLE - Bayard jeunesse


Les enquêtes de Lady Souris
Gwénaëlle Boulet
illustrateur : Roland Garrigue
Bayard jeunesse - collection Album - 10/08
77 pages - à partir de 4 ans - 13,9 euros

Lady Souris est une détective privée hors pair. Dans son univers très anglais, période victorienne, aucune énigme ne lui résiste. Sorte de double en plus jeune et en plus rongeur de Miss Marple, sachant résoudre en deux coups de museau des affaires compliquées.
Que ce soit un mystérieux piano fantôme, un tableau déchiré, ou encore un vol de bijou aucun mystère ne lui échappe!

Cinq petite enquêtes en format album avec une détective féminine pleine de volonté et de courage.
Il s'agit du deuxième titre d'une série commencée par l'auteur avec un autre illustrateur en 2005 déjà chez Bayard.
A chaque fois 6 ou 7 sept pages durant lesquelles se déroulent l'action dans un schéma classique: apparition du mystère, enquête, résolution.
Et à chaque fin de l'histoire le petit médaillon nous montrant Lady Souris nous faisant en clin, et qui déclare "Ouf! Le mystère est éclairci. Quel courage, Lady Souris!"
A lire ou à faire lire à partir de 4 ans.

Les enquêtes de Mirettte, Panique à Paris - JOLY FANNY - Sarbacane


Les enquêtes de Mirette - Panique à Paris
Fanny Joly
illustrateur : Laurent Audouin
Sarbacane - 02/08
30 pages - à partir de 6 ans - 13,50 euros

Mirette est la descendante de Jean-Patrick Lelièvre, le célèbre détective. Elle a un grand rêve : suivre ses traces et devenir "la plus grande détective de 8 ans de tous les temps".
Et pour l'aider dans cette tâche ardue il y a Jean-Pat, son chassistant, nommé ainsi en honneur de son prestigieux aïeul.
Malheureusement pour Mirette son chat est aussi gourmand de Choumoullouws que paresseux!
Tout ce qu'il aime c'est être vautré dans son canapé pour grignoter ses friandises et regarder des séries à l'eau de rose à la télé!
Un soir un mystérieux cri entendu à 3h33, et provenant d'un immeuble voisin va lancer les deux détectives amateurs dans l'enquête de leur vie.
Après avoir réussi à pénétrer dans l'immeuble grâce à leur Super Zecran Tactile Détecteur Flaireur Webphone Connektik MultiFonctions. Ou plus communément appelé Zecran, sorte de téléphone portable spécialement conçu pour les accros des énigmes.
Mirette et Jean-Pat vont trouver une espèce de poupée vaudou qui va les lancer dans un jeu de piste haletant!
Qui a déposé cette poupée? Et pourquoi ?
Ils le découvriront en parcourant Paris dans tous les sens, et surtout grâce au dynamisme de Mirette et au flair de Jean-Pat.

Fanny Joly, la sœur de Sylvie, auteur prolifique de plus d'une centaine de livres pour enfants lance chez Sarbacane cette délicieuse petite série: Les enquêtes de Mirette.
Aidée en cela par le trait vif et moderne de Laurent Audoin.
Les deux personnages principaux sont très attachants : Mirette avec son obstination, et Jean-Pat par sa flemmardise cachant un esprit vif et intelligent.
Dans la forme le système de volet, qui se retrouve toutes les deux doubles pages, donne un effet de suspens. On retrouve sous le volet le même décor, mais l'action a évolué et l'enquête avec.
De plus le texte écrit est en interaction avec les images et les bulles de dialogues qui y sont parfois glissées.
Beaucoup d'interactivité donc pour cette cette série à conseiller aux débutants qui commencent à bien maîtriser la lecture.
Une suite se déroulant à Londres est prévue pour février 2009.

9 janv. 2009

Mon amour kalachnikov - DESHORS SYLVIE - Rouergue


Mon amour kalachnikov
Sylvie Deshors
Rouergue - doAdo noir - 11/08
281 pages - à partir de 13 ans - 12,50 euros

Agathe est une jeune étudiante fraîchement débarquée à Lyon. Elle suit des cours à la faculté d’histoire en essayant de ne pas trop se laisser perturber par son petit ami, le très beau et énigmatique Gilan. Ou encore par ses parents qui essaient de s’en sortir avec leur restaurant chinois, en hommage aux origines de sa mère.
Agathe se défoule dans ses cours de karaté, en pensant pour se motiver à ce fou furieux qui l’a coincée dans une ruelle sombre en s’aidant de sa voiture. Plus de peur que de mal, même si elle aurait aimé n’avoir jamais croisé sa route.
Mais la jeune femme n’est pas du genre à se laisser abattre et fonce dans sa vie de nouvelle adulte.
Et comme toute étudiante elle a besoin de faire des petits jobs pour se faire de l’argent de poche.
C’est pourquoi elle a accepté une mission de baby-sitting dans le quartier où elle s’est faite agressée.
Garder un bébé est un job facile et sans histoire, du moins en apparence. Car quand Agathe va voir les photos de famille disséminées dans le magnifique loft lyonnais, elle va se rendre compte que le père de ce bébé qu’elle garde pourrait bien être celui qui l’a agressée…
Prise de panique elle va faire en sorte de ne pas le croiser en partant de l’appartement. Malheureusement le lendemain matin elle va apprendre que cet homme s’est fait tuer dans les escaliers de chez lui, juste après qu’elle se soit enfuie.
La police va se mettre à lui poser des questions, et comme Gilan est de plus en plus absent elle va devoir se lancer elle-même dans l’enquête pour comprendre pourquoi tout ça lui semble lier…

Un roman noir très moderne pour des adolescents bons lecteurs, une héroïne attachante et qui ne se laisse pas abattre. Tout ça sur fond de musique qui bouge. En effet le titre du roman est extrait d’une chanson que Gilan, slameur à ses heures, a mis sur son répondeur de mobile.
De plus on alterne avec plusieurs narrateurs, même si Agathe reste centrale. En effet on connaît ainsi les points de vue de Gilan, d'un ami à lui, et surtout une énigmatique jeune fille qui semble occuper les nuits de Gilan…
Ce qui reste le plus intéressant est le thème de l’esclavage moderne qui est en fait le sujet en sous-terrain dans tout le livre. Car cette jeune fille mystérieuse est la clé de l’énigme. Et tout ce que je peux révéler de plus c’est qu’elle est aussi Asiatique et que sa fraîche arrivée en France n’était pas pour le tourisme.

6 janv. 2009

Arthur, l'autre légende - REEVE ARTHUR - Scripto


Arthur, l'autre légende( Here lies Arthur)
Philip Reeve
Traducteur : Stéphane Carn
Gallimard - Scripto - 10/08
366 pages - à partir de 11 ans - 12 euros

Et si la légende d’Arthur n’était pas aussi resplendissante ?
Et s’il ne devait sa renommée qu’au génie de conteur de Merlin, ou Myrrdin comme il est appelé ici ?
C’est ce que nous raconte Wynna, jeune fille esclave sur l’île de Bretagne. Son destin va s’entremêler à celui des deux monstres mythiques. Elle va devenir la servante de Myrrdin qui va la prendre en pitié suite à l’attaque de son village par l’armée d’Arhur.
Pour plaire à son sauveur elle fera tout ce que lui ordonnera cet homme qu’elle admire plus que tout. Même se faire passer pour un garçon, afin de pouvoir le suivre lors des nombreuses campagnes de guerre d’Arthur. Toute son enfance elle la passera sous les traits de Wynn, le serviteur du mage. L’aura mystérieuse de Myrrdin, et sa faiblesse physique va l’éloigner du groupe.
Malgré tout au milieu des soldats, au plus près du véritable Arthur, et elle va vite se rendre compte que ce dux bellorum est loin de correspondre au tableau héroïque que lui dresse Myrrdin par ses contes aux quatre coins de l’île de Bretagne.
Et quand devenue trop grande pour cacher ses attributs féminins, elle va devoir passer de l’autre côté de la barrière en redevenant Wynna. Elle va rentrer dans la cour de la femme d’Arthur : Gwenhwyfar.
Mais là encore elle ne s’intègrera pas dans ce monde féminin dont elle ne maîtrise pas les codes. Et devenue adulte elle va se rendre compte que toute sa vie a été sacrifiée par Myrrdin, pour Arthur, pour un homme faible seulement avide de richesses et de petit pouvoir. Un homme quelconque qui ne méritait pas un tel sacrifice.

Un roman d’aventures, d’amour et de haine. Mais aussi de politique, de psychologie, qui peut être sombre et difficile.
Un roman riche loin du clinquant habituel de la légende arthurienne. Ici les protagonistes nous sont présentés avec leur totale complexité humaine. Leurs faiblesses, leurs médiocrités. Une espèce de témoignage journalistique sur la construction d’une légende.
Et la narratrice/narrateur de par son sacrifice, sa position en coulisses est tiraillée entre la volonté de Myrrdin de faire de cet Arthur un homme de légende, et son envie d’avoir une vie à elle loin toutes ces guerres, ces manipulations. Se mêlant à cela son envie de crier à la face de tout le monde la véritable nature exécrable de ce roi tant adulé.
Un roman exigeant, et qui s’éloigne des romans de fantasy trop bien pensant, cela méritait bien le prix carnagie medal 2008, un des plus grands prix pour les romans britannique pour adolescents.

24 déc. 2008

Barjo - COLEMAN MICHAEL - Rouergue


Barjo(Weirdo's war)
Michael Coleman
Ariane Bataille
Rouergue - doAdo Noir - 10/08
288 pages - à partir de 11 ans - 12 euros 50


Daniel aime penser le monde par le prisme des mathématiques, cela le rassure et le stimule à la fois. Et quand on est adolescent cette passion étrange vous fait passer pour un barjo. C'est d'ailleurs comme ça que le surnomme Tozeur et toute sa bande de persécuteurs. Enfin Tozeur ce qu'il aime surtout c'est suivre les consignes du chef de meute: Greg Yeandle. Parce que Tozeur à l'inverse de Daniel est assez lent.
C'est à cause de cela qu'il va se faire remarquer par le nouveau prof de sport charismatique:M. Axelmann. Ce dernier va en faire sa tête de Turc officielle. Toujours à se moquer de lui pour faire rire la classe, ou pour montrer son autorité.
Daniel va aussi se faire remarquer par ce manipulateur sadique, mais comme forte tête, comme plus intelligent malgré son plus jeune âge. Sa vengeance sur Daniel sera plus froide, plus réfléchie.
Elle aura pour théâtre le camp de randonnée, un camp où Daniel ne voulait pas aller sachant d'avance comment cela aller se passer pour lui.
Deux semaines cauchemardesques dont Daniel, Tozeur et M.Axelmann vont sortir changés à tout jamais, chacun ayant dû aller au plus profond.


Cela commence par la fin: Daniel, Tozeur et Axelmann au fond d'un trou, bloqués et blessés, surtout le professeur qui git inanimé au côté des adolescents.
Et de là Michael Coleman tire les fils des personnalités de ces trois-là, en insistant sur Daniel puisque c'est lui qui nous raconte l'histoire.
Et on découvre avec lui que être barjo et bien ce n'est peut être pas si mal au fond. Et ce grâce au personnage de Solo qui tient lieu de maître Yoda des montagnes!
On comprend que comme le dit la citation de Prévert au début "Je suis ce que je suis...", mais que cela n'est pas forcément aisé dans un moule aussi peu souple que celui du lycée.
Un texte de 1996, traduit dans la collection doAdo noir suite au succès du très réussi Filer droit (de 2003...)du même auteur. Qui a d'ailleurs obtenu le prix des Incorruptibles 2008.
Ces deux livres font partie d'une série d'ouvrages destinés aux jeunes adolescents par ce prolifique auteur plutôt connu en France pour ses albums illustrés.
Série qui nous parlent de jeunes héros se trouvant face à un choix: suivre le troupeau ou être eux-même.
Et en plus il le fait avec talent, et un grand sens du suspens et du roman noir.
Décidément cette collection doAdo noir est à suivre les yeux fermés: de la qualité, encore de la qualité.

11 déc. 2008

L'invention de Hugo Cabret - SELZNICK BRIAN - Bayard


L'invention de Hugo Cabret( The invention of Hugo Cabret )
Brian Selznick
Traducteur : Danièle Laruelle
Bayard - 10/08
533 pages - à partir de 10 ans - 17,90 euros

Hugo Cabret n’a pas une vie facile. Orphelin, abandonné par un oncle violent et alcoolique il ne peut compter que sur lui-même. Et à Paris à 10 ans au début du XXe siècle la vie n’est pas des plus aisées. Pour tenir le coup Hugo s’accroche à son plus grand rêve : réparer l’automate que son père avait trouvé sous la poussière épaisse d’une réserve de musée. Un automate assis à un pupitre, avec à la main un stylet suspendu dans le vide. Une énigme qui avait fasciné son père, qui grâce à son métier d’horloger pensait pouvoir réparer la machine pour qu’elle lui livre son secret. Obstination néfaste qui va le conduire à sa perte, à savoir une nuit de trop penché sur l’automate, la nuit de l’incendie du musée. Tout ce qu’il va laisser à son fils c’est son don pour réparer les mécanismes de toutes sortes, et son carnet de notes sur l’automate, qui lui est sorti indemne de l’incendie.
Hugo va tout faire pour réparer la machine, il ira même jusqu’à voler dans un magasin de jouets mécaniques pour récupérer des pièces. Le responsable du magasin, Georges, va le prendre sur le fait.
Et ainsi tomber nez à nez avec le carnet du père d’Hugo quand il glissera de la poche du garçon. Ce qui va le rendre fou de rage. Comme si il connaissait cet automate…
Hugo saura-t-il démêler les rouages de l’automate qui s’entremêlent à ceux du passé de Georges ?
En tout cas il n’y arrivera pas tout seul et sera aidé de la petite fille de ce dernier, et par un ami fan de cinéma.


L’invention d’Hugo Cabret est un livre très touchant. De par sa démarche, à la fois roman graphique, roman d’initiation, roman à énigme et œuvre de réhabilitation.
Roman graphique car tout le livre est parsemé d’illustrations en noir et blanc sur double page, les premières lignes de texte n’arrivent qu’à partir de la 40e page. En effet les mots viennent quand les images ne suffisent plus.
Roman d’initiation car Hugo après la perte de son père doit faire la douloureuse expérience de s’assumer tout seul, et à 10 ans cela le met dans une position inconfortable, ainsi que dans une position de méfiance face à ceux qui lui manifeste de l’amitié.
Roman à énigme au suspens distillé, car cet automate qui ne livre son secret qu’au milieu du livre ouvre sur une nouvelle énigme. Le dessin étant la célèbre image de la Lune ayant un obus dans l’œil, tirée d’un film de Georges Méliès.
Et oui Georges, comme le vieux monsieur du magasin de jouet. D’où l’œuvre de réhabilitation pour l’un des premiers cinéastes. Un magicien fou d’images, qui demeura longtemps incompris et rejeté par ses pairs.
Ici il s’agit d’une ode à l’œuvre trop souvent oubliée de ce monument du cinéma de genre.
Et à la fin grâce aux images on plonge dans l’univers de Méliès avec un bonheur non dissimulé.
On doit dire après la lecture de
l’invention de Hugo Cabret un grand merci à Brian Selznick de nous avoir fait rêver, frémir, frissonner, gamberger !
Un vrai petit bijou magnifiquement édité par les éditions Bayard Jeunesse.



Pour (re)découvrir Georges Méliès, suivez le lien.
Pour feuilleter le livre (même si rien ne vaut d'avoir sa masse sur les genoux, et tourner les feuilles avec délectation) Bayard en a mis en ligne ici
/attention connexions sensibles s'abstenir!/
Il y a aussi le site très bien fichu du livre là/attention connexions sensibles s'abstenir!/
Et pour avoir d'autres avis enthousiastes allez chez les voisines : Clarabel, Gawou
Bonne nouvelle : il va y avoir une adaptation cinématographique, et devinez qui s'y colle? Scorcese. Si c'est pas la preuve que c'est une pépite, je ne sais pas quoi ajouter d'autre! Source : Elbakin.net

18 nov. 2008

Tu peux pas rester là - NOZIERE JEAN PAUL - Thierry Magnier


Tu peux pas rester là
Jean-Paul Nozière
Thierry Magnier - Romans - 10/08
175 pages - à partir de 11 ans - 8,5 euros

Tu peux pas rester là
Jean-Paul Nozière
Thierry Magnier - Romans - 10/08
175 pages - à partir de 11 ans - 8,5 euros

C’est l’histoire de Mei. Jeune fille de 10 ans, très belle, très intelligente. Tout va bien pour elle dans la petite ville de Sponge. Deux meilleurs amis : Tom et Leo, un ami clochard ancien libraire, et une mère aimante, d’origine chinoise. En fait cela fait sept ans, qu’avec sa mère Hua, elles sont arrivées de Chine. Sept ans que Hua travaille clandestinement pour rembourser les frais du voyage, sept ans qu’elles sont sans papiers.
Un jour tout va basculer, le jour où un gendarme va dire a Hua la phrase qu’elle redoutait depuis sept ans : « tu peux pas rester là. »
Mei et sa mère son OQTF, obligées de quitter le territoire français.
Tom et Léo vont alors tout mettre en œuvre pour garder auprès d’eux leur meilleure amie.

Jean-Paul Nozière est très doué pour camper des personnages attachants aux personnalités complexes. Ici il nous trace le portrait de Mei aux facettes multiples, qui nous donne envie de la connaître un peu plus. Qui donne envie de la garder sur le territoire français.

Elle lit Romain Gary, et se déclare être la soeur Momo de La vie devant soi.

Et c'est vrai qu'elle ressemble au petit protégé de Madame Rosa. Tout aussi touchante, tout aussi dérangeante.

Ses deux amoureux aussi sont très attachants dans leur quête de l'impossible amour triangulaire qu'ils espèrent créer avec Mei. Le fait que l'un d'entre eux soit fils d'un gendarme à la conscience aiguisée rajoute une profondeur de plus.

La fin est ouverte, et donne à tous le libre cours de décider du destin de Mei et de sa mère. Histoire que chacun fasse le tri dans sa tête, et les calculs à la place d'un certain B.H.